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La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

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Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Bon c’est ben beau le silence (croyez-moi : j’ai deux enfants), mais là y’en a marre.

On a beau comprendre les vertus de la patience et de la collaboration, mais ce n’est pas un concept à sens unique : il faut qu’il y ait un minimum de réciprocité pour que la collaboration se maintienne. On s’est tenus tranquilles « le temps que ça passe », mais à l’évidence, le nécessaire n’est pas fait pour remédier au problème.

Bien entendu, je me réfère ici à la – je n’ose même pas dire gestion – de l’affaire de cyberintimidation/harcèlement qui affecte les étudiantes et étudiants depuis plusieurs jours par l’Université de Moncton. Chaque jour ou presque depuis samedi dernier, le 25 février, les comptes email des étudiants sont pris d’assaut par des courriels malveillants, qui varient dans leur contenu entre la vengeance pornographique (Acadie Nouvelle), les menaces à la communauté entière (Acadie Nouvelle), et maintenant la pornographie pure et simple. Et tout ça, sans que rien ne change. On se conforte à l’idée que l’envoyeur de ces messages n’ait pas percé le mur de la sécurité des systèmes de l’Université de Moncton, qu’il se soit limité à emprunter l’identité de l’Université, de la FÉÉCUM et de l’Université d’Ottawa maintenant, pour envoyer ses saloperies.

Mais le mur de la sécurité des étudiantes, des étudiants? Il semble qu’on s’en fout.

À la rigueur, on peut pardonner quand on sait que les intentions sont bonnes. Et sans dire que les intentions sont malveillantes – ce qui serait une toute autre paire de manches – on est maintenant en droit de se demander ce que compte faire l’Université avec sa gestion de cette crise. Y mettre fin? Se protéger? Rien?

À chaque nouveau courriel reçu, on confirme qu’il y a eu réception d’un nouveau courriel, qu’il a été effacé, et « qu’il s’agit d’une usurpation d’identité qui ne met pas en cause la sécurité du système informatique de l’Université de Moncton. » On dénonce les affres de la cyber-violence pour faire bonne mesure, et on dirige les lecteurs vers une page qui suggère d’en briser le cycle par un nombre de moyens (UMoncton).

Là, soyons francs : est-ce qu’une personne moindrement sensée a appris quoi que ce soit de ce gentil petit site web, qu’elle ne savait pas déjà? Le premier courriel était à peine envoyé que la population étudiante, de sa propre initiative, témoignait son soutien à la victime de l’attaque (la première) et dénonçait la cyberintimidation et la violence sexuelle (Spotted UMoncton). Parce c’est ce que c’était, de la violence sexuelle. Là, comme je vous parle, une manifestation est en train de s’organiser, encore une fois dans le but de se montrer solidaires face au problème de la violence sexuelle, de la culture du viol et de la cyberintimidation (Facebook).

On a regardé le train passer alors qu’institution après institution se dotait d’une politique sur la violence sexuelle au cours des dernières années – et c’est maintenant qu’on sent le besoin d’agir? Avec une page web et des services de soutien ouverts de 8h30 à 12h00 et de 13h à 16h30 (sans blâmer aucunement les gens qui offrent ce soutien)? Quand les courriels arrivent presque invariablement en fin de soirée? Quand les courriels continuent d’arriver malgré un contenu qui devrait à l’évidence le signaler aux systèmes de l’Université, au pire, comme un pourriel?

Et là, étudiantes et étudiants, on semble avoir décidé que ce sera de votre faute si le problème se continuait. Vous ne voulez rien voir : effacez les courriels sans les lire. Vous voulez éviter que ça se continue? Ne partagez pas ce contenu. Vous n’êtes pas d’accord avec ce qui se passe? Dénoncez ouvertement le comportement. Checkez vos logiciels antivirus, changez vos mots de passe…

Y’a quelque chose de nouveau dans tout ça, pour vous? Avez-vous appris anything?

J’en doute.

Et ça s’explique assez facilement. De un, vous n’êtes pas des imbéciles et la plupart d’entre vous êtes nés dans l’ère internet. Et de deux, par la force des choses, ici, on a dû apprendre à s’éduquer tout seuls. Pourquoi? Parce que l’information n’apparaît qu’après la crise, et ce à chaque fois. Pas de crise? Pas de raison d’agir. C’est simple. Mais là, je pense qu’il y a une crise, vous ne diriez pas? Alors où est l’action?

Encore une fois, on va faire comme si de rien n’était et attendre que ça passe?

On est où, calvâse, dans un lazaret du 19e siècle???

Il y a aussi la possibilité que personne ne sache vraiment quoi faire, rapport qu’une bonne proportion du personnel entre à peine dans l’ère digitale et se rappelle avec nostalgie des joies du téléphone à roulette. Qui peut les blâmer pour ça?

Est-ce que j’ai des suggestions? Non. Je ne sais pas plus comment régler ça que je sais comment soigner une hémorragie cérébrale. Mais quand tu es dépassé par les événements et que tu ne sais pas quoi faire, tu vas chercher de l’aide, batince.

Le besoin de faire quelque chose, et immédiatement, ne fait aucun doute!

Ça coûte cher de l’aide? Posez-vous alors cette question, si c’est véritablement la seule chose qui vous importe, ou du moins celle qui vous importe le plus : est-ce que ça coûte plus cher que la tache que cette crise a le potentiel de faire sur la sacrosainte marque de l’Université?

Aaaaaaah. Là je parle en des termes que plusieurs comprennent.

Moi, OK, disons que je suis un étudiant prospectif : comment ça va m’affecter? Je vois la manière dont l’Université traite sa population étudiante et je compare ça à, disons, ce que l’Université Concordia a fait en réponse à une menace à la bombe encore tout récemment. Après qu’une série de lettres ait été envoyée à l’institution (comme à l’Université McGill) dénonçant les pratiques religieuses des étudiants musulmans sur le campus et alléguant que deux bombes avaient été placées dans les édifices de Concordia, le porte-parole de l’Université a eu ceci à dire (je traduis) :

« Du point de vue de l’université, une menace contre tout groupe est une menace contre nous tous, et nous allons nous rassembler et nous assurer que tout le monde s’en sorte sans séquelles » (CBC)

Plus rassembleur que : quin, v’là une page web. Arrangez-vous.

Évidemment dans notre cas, il n’y a pas d’alerte à la bombe; ça il faut le concéder. D’après la GRC, la menace est jugée minime (Acadie Nouvelle), car la personne qui formule les menaces se trouverait en-dehors du pays, au Maroc selon ses dires. Mais « je vais revenir jouer avec vous », ça peut vouloir dire n’importe quoi. Maintenant on se doute que son jeu peut se limiter à ses envois de courriels. Mais y’en a marre, des courriels. Est-ce que l’Université réalise l’ampleur du tort causé à la personne attaquée? À la population étudiante qui s’inquiète?

Y’a-tu pas un filtre quelconque qui puisse être appliqué aux courriels entrant de serveurs externes? Moi j’y connais strictement rien, mais quelqu’un quelque part sait comment faire face à ceci : si on ne l’a pas déjà embauché, il est temps de le faire. Et si c’est fait, je ne vois aucun mal à être transparent et à en informer la communauté.

Ouf.

Il y a quand même du bon dans tout ceci, qui mérite d’être souligné malgré l’immense frustration qui nous habite. La communauté étudiante du moins n’a jamais cherché à blâmer la victime. : ça nous montre le progrès réalisé. D’autres ont été moins allumés, soulignant en outre le manque de contrôle sur le contenu circulant sur les médias sociaux (au sens de : si tu acceptes de prendre la photo, blâme pas le monde qui la regarde) (Radio-Canada), mais il faut comprendre que là non plus les intentions ne sont pas déplacées; la compréhension du concept de consentement fait légèrement défaut, voilà tout. Heureusement que d’autres sont mieux en mesure de replacer les choses dans leur contexte, comme Beth Lyons, directrice générale du Conseil des femmes du Nouveau-Brunswick, qui fait valoir que la victime (de l’attaque initiale, celle de samedi) « a partagé quelque chose d'intime puis c'est vraiment [l’envoyeur du courriel] qui a brisé cette confiance, qui a posé un geste inacceptable et qui est une forme de violence aussi. » Elle a absolument raison : parce que consentement.

On est capable, de plus en plus de gens le sont, de considérer les choses de cet angle : c’est indubitablement positif. Des études sont conduites en ce moment même sur la question de la violence sexuelle sur notre campus (Acadie Nouvelle); c’est aussi positif. On veut regarder les choses en face. Même le recteur a déclaré que « Nous sommes engagés à offrir des services de soutien aux membres de la communauté universitaire qui seraient victimes de harcèlement sexuel ou de cyber intimidation […] à, contrer la culture du viol et dénoncer toute forme de violence sexuelle. » C’est un pas en avant, ça. Malgré tout, il faut encore une catastrophe pour nous ouvrir les yeux.

Ben y’est comme temps. On est au moins six ans en retard sur la question de la violence sexuelle (CBC) d’après une membre du comité chargé de créer une politique à cet effet – enfin. C’est aussi positif, malgré son goût doux-amer.

Et pour ce qui est de la cyberintimidation, pour l’amour, y’est temps de se grouiller aussi. On pourrait attendre que le type se tanne ; ça semble être l’approche de l’Université. Ou on pourrait agir : aller chercher l’expertise si elle fait défaut. Vous avez un devoir de protéger les étudiantes et les étudiants : vos politiques sur les activités étudiantes sont abondamment claires en ce sens. Alors on attend quoi ?

Le mur du silence c’est peut-être efficace – à vos yeux, s’entend – pour protéger l’institution contre les curieux qui « veulent la faire mal paraître » mais ça ne vaut absolument rien contre les attaques sur la communauté étudiante. Vous aurez beau faire semblant que tout va bien, là non, ce n’est plus défendable comme position.

Vous voulez protéger l’université, OK, mais ne perdez pas de vue que les étudiantes et les étudiants en font partie. Soyez actifs. Soyez transparents. Soyez compétents.

Ne nous faites plus douter des intentions.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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