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La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Tchen ma biere 2

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

La chicane est bel et bien pognée à MUN. Mais est-ce que c’est fini ?

Progressivement, ce qui a commencé par un conflit public entre le gouvernement (spécifiquement le ministre de l’éducation supérieure, Gerry Byrne, et la haute administration de MUN) s’est transformé en conflit – fondamentalement inégal en termes de relation de pouvoir - entre la haute administration et les étudiant.e.s. Ces derniers ont manifesté contre la hausse proposée pour parer aux coupures de 3 M$ dans le fonds de fonctionnement de l’institution. Et à TNL comme ici, on peut voir que les administrateurs se foutent, mais éperdument, de ce qu’ont à dire les étudiants sur le sujet du coût de leur éducation (Giphy).

J’aimerais bien pouvoir vous dire que quand on se compare on se console, mais on ne fait vraiment que se reconnaître. Un autre vote, une autre province, une autre dynamique, mais le même dédain pour les étudiant.e.s, la même manière de gouverner en cachette et, en bout de ligne, le même résultat que partout ailleurs.

Et disons-le, le même genre de timing : un vote qui a un impact majeur sur les étudiant.e.s et qui se tient APRÈS que les étudiants aient quitté le campus. Ou du moins, la majorité d’entre eux – on a vu qu’il en restait quelques-uns pour manifester.

Parce que ce n’était pas encore chose sûre la dernière fois qu’on s’est parlé, mais MUN débattait du plan suivant : le gel des droits de scolarité sera maintenu pour les étudiant.e.s originaires de TNL et ceux de l’extérieur qui sont inscrits à la session d’automne 2017, mais pour ceux qui s’inscriront à partir de l’automne 2018, des frais additionnels de 400$/semestre (une augmentation de 30%) seront appliqués. Cela représente 1200$/semestre de plus pour les étudiant.e.s internationaux. Et en prime, deux nouveaux frais afférents : le premier pour l’amélioration du campus (campus renewal fee) qui sera de 50$/cours (!) pour le 1er cycle et de 167$/semestre pour les cycles supérieurs, et un frais de services aux étudiants (student service fee) de 50$/semestre (CBC).

Ce plan a été adopté sans sourciller par le Conseil des gouverneurs, jeudi le 11 mai. Plusieurs de ces braves gouverneurs ont même choisi de quitter les lieux une fois que les étudiant.e.s ont fait irruption dans la salle (CBC)

Ayez au moins le courage de faire face à la musique, SVP. Ou, chépas, si ça vous rend mal à l’aise, arrêtez de gouverner en cachette et faite preuve de plus de transparence.
La chicane nous intéressait au départ, parce que ça nous donnait un aperçu de comment les choses pourraient évoluer si le gouvernement avait – comme il le souhaite – plus de contrôle sur les finances des universités publiques.

Mais là, je commence à croire que la relation des universités avec le gouvernement ressemble à s’y méprendre à celle des banques avec l’État : à savoir qu’il ne faut jamais leur dire quoi faire, mais venir immédiatement à leur aide quand leurs finances s’effondrent.

Autrement dit : il faut leur laisser leur indépendance dans la gestion de l’institution – ça, je le comprend et ça se défend parfaitement – mais quand elles font une erreur, soudainement ce ne sont plus elles les responsables.

Les sujets à développer ici abondent.

De un : il est fondamentalement injuste qu’un frais afférent pour l’entretien du campus (et surtout un frais aussi élevé) soit imposé maintenant, alors que l’Université a négligé l’entretien des espaces pendant des années. Que les fonds aient été là ou pas – probablement pas – c’était la responsabilité de l’administration de négocier un accord avec le gouvernement pour financer l’entretien. Je ne sais pas si l’espace appartient légalement à l’Université ou au gouvernement, mais une chose est sûre : il n’appartient pas aux étudiant.e.s. Ergo, allez chercher les fonds ailleurs que dans leurs poches.

D’ailleurs, si une université dit qu’elle est affamée par le gouvernement provincial, qu’elle manque de fonds pour maintenir le statu quo (où on se paye des soupers à 700$ la shot et des voyages left and right, mais qu’on laisse les bâtisses s’effondrer) et qu’il lui faut – subitement – ajouter un frais afférent pour améliorer ses infrastructures, qu’est-ce qui garantit aux étudiant.e.s que les fonds récoltés seront utilisés à cette fin ?

Sachant les habitudes de la haute administration, on leur pardonnerait de penser le contraire.

De deux : les revenus de MUN (et ses plans d’avenir) dépendent de manière significative des étudiant.e.s de l’extérieur de la province. Le coût de la scolarité à TNL est un atout majeur pour attirer ces derniers. Si les frais augmentent, cette population va diminuer. Et les prévisions seront revues à la baisse, année après année : on connaît la chanson ici.

Si l’impact sur les nouvelles inscription (pcq la proportion de 15-24 ans à TNL diminue) est affectée – et on ne voit pas pkoi elle ne le serait pas – les prévisions financières tombent à l’eau. En 2015, 40% des 17 581 étudiants de MUN provenaient d’ailleurs au Canada (3283) ou de l’international (2318) (MUN). Les finances sont souvent précaires pour ces étudiant.e.s (CBC).

MUN pourrait de nouveau être dans le jus avant longtemps. Sans mentionner que l’ajout de frais afférents totalisant, quoi , 700$/année ou plus pour tous les étudiants à temps plein (6 cours/semestre), pourrait aussi affecter les inscriptions venant de la province.

De trois : Cette chicane jette met en lumière les relations tendues, à la limite malsaines, entre le gouvernement et les universités publiques. Ici au N-B, le ou la ministre de l’éducation postsecondaire, formation et travail (MEFT) exerce un contrôle sur les programmes d’Aide financière aux étudiants, mais pas sur le financement des universités. Au sens où le MEFT contrôle le combien, mais pas le comment. En revanche, les ententes prévues avec les universités publiques vont certainement en ce sens, en imposant des critères de rendement sur une partie des fonds accessibles (p. 15 GNB). Encore faudra-t-il les faire signer...

À TNL la situation est légèrement différente, car le ministre de l’enseignement supérieur gère un portefeuille qui affecte une seule université et un seul collège (Gouvernement de TNL).

Le ministre Byrne a par exemple menacé de diminuer les subventions à MUN par le montant d’un frais afférent qui serait utilisé pour augmenter les revenus sans transgresser l’ordre de maintenir le gel de la scolarité. Il est clair que cette menace est vide de sens, parce qu’elle créerait un manque à gagner encore plus grand pour MUN, qui irait le chercher dans les poches des étudiant.e.s, et ainsi de suite. Cercle vicieux.

Tristement, on devine que même dans des conditions différentes, les universités en feraient encore très probablement à leur tête en cherchant la solution la plus facile pour maintenir le statu quo, incluant les privilèges de la haute administration.

De quatre : MUN ne souhaite rien davantage que de voir ce débat sortir de l’espace public. Quand l’Université paraît mal, des pressions peuvent surgir à l’interne – voire, ô aberration, au sein même de son conseil des gouverneurs ! – pour changer sa façon de faire. Évidemment, sans toucheras les soupers, les voyages, les photos officielles, les bénéfices, les allocations ou que sais-je encore. Cost of doing business.

Amusant, n’est-ce pas, que tout ce qui est dévoilé publiquement sur la gouvernance universitaire – ou presque – soit susceptible de faire mal paraître l’institution et forcer le public (qui les finance, après tout...) à demander l’amélioration des pratiques ? Ici ou ailleurs, cette règle est chaque année mise à l’épreuve. Et prouvée.

En fait, pourquoi ça prend absolument un voyage, un souper ou une retraite hors de prix pour mener les affaires des universités ? Est-ce que c’est qu’on veut jouer le jeu des entreprises privées pour attirer des candidat.e.s ? Ou est-ce que c’est pour permettre aux administrateurs de jouir des mêmes avantages que les compagnies privées s’octroient sur le bras de leur clientèle ?

De cinq : Le journaliste Hans Rollmann a raison de poser la question : pourquoi on compterait les dépenses de la haute administration dans le coût de l’éducation (Independent) ? Il pointe aussi du doigt les coûts associés à la gestion de risque... Mais on pourrait ouvrir n’importe quel budget universitaire et pointer une douzaine de lignes qui n’ont en apparence qu’un lien symbolique avec l’éducation ou la recherche. Bon, je ne suis pas administrateur et sans doute que je n’y connais rien.

C’est là qu’un peu plus de transparence aiderait. Tout. Le. Monde.

De six : Terre-Neuve est manifestement investie à long terme dans le gel des droits de scolarité ; les données statistiques de la population dans la province démontrent que ce choix a porté fruit (Telegram). Même pour MUN, où les inscriptions demeurent stables face au déclin démographique dans son bassin de recrutement (MUN), et où on prévoit même une croissance dans les prochaines années, le gel a eu un impact notable.

Enlève le gel, pas certain que cette croissance-là reste une possibilité.

De sept: Faut-il absolument, comme le sous-entend la vice-rectrice Golfman, «s’ajuster à la réalité» et augmenter les frais ? Plus précisément, est-ce que l’augmentation du coût de l’éducation est véritablement la seule manière possible de s’ajuster à cette réalité changeante, s’il est inévitable de le faire ?

À une université où le recteur est payé 460 000$, je ne crois pas. À une université où les dépenses en voyage et en réceptions frôlent 18 M$, et que le déficit à combler est de 3 M$, je ne crois pas. Et si cette réalité à laquelle on doit s’ajuster devient la diminution des inscriptions, que fera-t-on alors pour s’ajuster ?

Enfin, la bonne vieille question de la responsabilité du financement postsecondaire – à savoir si le problème du coût de l’éducation (peu importe comment on choisira de le calculer) est imputable au gouvernement, par faute de financement adéquat, ou à l’université, par faute de mauvaise gestion des fonds, demeure entière.

Tout comme le bon vieux jeu de se passer mutuellement le blâme. Ça devrait recommencer bientôt, si on se fie aux premières intervention du ministre Byrne dans le débat : ça serait surprenant qu’il garde le silence suite à la décision de MUN.

Parce qu’au final, qui paye ? Ceux qui n’ont rien le droit de dire dans le débat.

Astheure, rends-moi ma bière, y’a rien à voir icitte.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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