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La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Qui controle qui

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Dans l’évolution de n’importe quelle invention arrive un moment on en vient à se demander qui est en contrôle : le créateur, ou sa création?

Vous savez, c’est ce moment « J’ai créé un monstre ».

Ces derniers temps, on entend de plus en plus d’avis favorables à la libéralisation des frais de scolarité, de sorte à laisser le marché plus ou moins en décider. On pense immédiatement à l’exemple récent de l’Université Memorial (FÉÉCUM).

OK, à la base, il y a un constat important qui se fait, à savoir que le coût « réel » de l’éducation dépasse(rait) les droits de scolarité imposés aux étudiant.e.s. Une partie du problème est que les subventions aux universités auraient l’effet d’isoler les études postsecondaires, en tant que produit, des lois du marché.

Mais en fait, ce coût « réel » est pratiquement impossible à déterminer, à plus forte raison qu’une partie importante des dépenses universitaires n’a rien à voir avec l’éducation à proprement dire (The Independent). Sans compter le fait que les étudiant.e.s ne sont pas une dépense au sens pur, puisque leur contribution (directe et indirecte) à l’économie dépasse leur coût à l’État. Autrement dit, le « vrai » coût d’éduquer un être humain reste un calcul dont la complexité échappe au commun des mortels.

Mais là, y’en a qui sont décidés que ça coûte trop cher. Parce que taxes.

L’auteur d’un commentaire récent sur le sujet a comparé l’augmentation des subventions aux universités du Québec à l’action de remplir d’essence un réservoir percé : ça va aider à court terme, mais ça ne réglera pas le problème à la source.

Poussant plus loin l’idée, l’auteur suggère de laisser les institutions postsecondaires libres de déterminer le prix exigé. Ça aurait le mérite de permettre aux universités de se concentrer sur leurs forces – ce qui les distingue sur le marché – et de mieux faire valoir leur marque en permettant de juger de la qualité des programmes d’après le prix exigé.

Bref, ça rappelle drôlement le discours à Terre-Neuve (CBC).

La chose est troublante considérant qu’une cohorte – l’équivalent d’une « génération » d’étudiant.e.s – à peine nous sépare du Printemps érable, largement construit sur l’opposition à la marchandisation de l’éducation et à l’idéologie néolibérale.

Sauf que les mentalités évoluent (dans un sens ou dans l’autre). Sans doute que plusieurs sont désormais enclins à voir la problématique du point de vue des institutions, qui ne sont plus vraiment les « méchants » de l’histoire, mais des victimes en quelque sorte, à qui l’on demanderait l’impossible.

Et tout ça revient inévitablement à l’impact individuel des subventions, à savoir que certaines gens préfèreraient ne pas payer pour les études des autres. Ou du moins, payer le moins possible : « tsé, parce que moi là, ça ne me sert à rien ».

On peut se ranger à cette vision des choses – c’est un choix – en se rabattant sur l’idée que ça laisserait aux universités la liberté d’exprimer leur prestige par le biais du prix sur l’étiquette. Plus c’est cher et plus c’est bon. Dans ce cas, les gens qui accèdent au postsecondaire en auront forcément les moyens, ou alors auront fait le choix de s’endetter massivement (et au privé, on le devine). Pas de coût au non-utilisateur, et pas de pénalité aux institutions en cas de baisse des inscriptions.

D’ailleurs, pourquoi on continuerait de subventionner à prix d’or une éducation qui mène de plus en plus à une situation de sous-emploi ou de chômage après les études? S’il fut un temps où l’obtention d’un diplôme universitaire était en soi la garantie d’un emploi bien rémunéré et d’une carrière stimulante, ad vitam aeternam amen ainsi soit-il, tel n’est plus le cas aujourd’hui.

Moins de monde? Charge plus cher! Et ainsi de suite – le cercle est vicieux.

Et on n’a pas encore commencé à parler du monde qui chiale sur le choix de programme. Les sciences molles en prennent généralement pour leur rhume, car ce n’est pas tout le monde qui est à même d’en apprécier la valeur (même si ce sont de véritables vaches à lait, car les programmes sont très populaires et peu coûteux à offrir). L’utilitarisme domine.

Là où l’exigence minimale à l’embauche était une 12e année il fut un temps, c’est aujourd’hui le baccalauréat ou le diplôme/certificat professionnel qui est devenu la norme. En augmentant le prix des études, on réduirait le nombre de diplômé.e.s, et de là augmenterait la valeur du diplôme, qui devrait forcément être reflétée par le prix exigé – un autre cercle vicieux se dessine, parce qu’il va falloir payer ce monde-là un moment donné... et la société s’appauvrira, en général.

Toutes les voies possibles quand on examine l’argument mènent au retour de l’université – sans exclure l’éducation collégiale, les problèmes soulevés au niveau du coût au citoyen ciblent d’abord les universités – comme institution de l’élite.

De l’élite qui peut payer; qui peut payer, parce qu’elle n’a pas à se soucier du coût – de l’élite qui n’en a pas besoin pour d’autres raisons que de demeurer l’élite, quoi.

Oh, minute – à moins que le gouvernement subventionne directement les étudiant.e.s!

Et qui va payer pour ça? Le même citoyen qui chiale que ça lui coûte déjà trop cher pour ce que ça vaut, l’université?

La voie la plus prometteuse à mes yeux est celle de la gratuité. De la vraie gratuité, là où l’institution ne facture rien à l’utilisateur. Mais cette gratuité passe obligatoirement par un niveau de contrôle gouvernemental direct sur les institutions, dans le but de contrôler les coûts. Et ça disons que ce n’est pas tout le monde qui s’y montre ouvert.

Particulièrement au sein des universités : et dans le fond qui peut les blâmer? Les gouvernements successifs, pour toutes leurs bonnes intentions, ne brillent pas particulièrement par leur expertise sur l’éducation postsecondaire.

Les réalités et les attentes sont différentes. Les gouvernements ont un devoir de responsabilité fiscale qui peut les rendre aveugles à l’impact de leurs décisions sur la qualité de l’éducation; les universités se considèrent les seuls experts crédibles sur leurs défis, mais ne parviennent à les expliquer à personne de manière convaincante.

Et les étudiant.e.s sont pris entre les deux, cajolés et utilisés tour à tour par les deux autres dans leur éternel bras-de-fer. Indispensables, mais impuissants.

Il faut sérieusement songer à revoir le système en profondeur : sous sa forme présente, il faut être excessivement optimiste pour lui prédire un avenir.

Il y a de moins en moins d’étudiant.e.s, et le nombre d’universités reste stable : veut, veut pas, il faudra un jour voir cela comme un problème. Évidemment personne ne se portera volontaire pour disparaître, alors comment va-t-on pouvoir faire le partage, et qui pourra s’en charger avec la crédibilité nécessaire? Bonne question. À s’en remettre au discours de certains, la privatisation serait une option désirable. Survivraient-ils?

Nous nous sommes donné des institutions qui devraient nous servir à progresser en tant que société, et que nous condamnons à stagner. Perdons-nous le contrôle de notre créature? Dans les conditions actuelles, les possibilités de croissance des institutions et d’amélioration de la qualité de l’éducation sont autant de rêves irréalisables face à l’écrasante réalité des défis financiers. Ce n’est plus la raison qui décide, mais le dollar.

Il faut se le demander une fois pour toutes : qui contrôle qui?
Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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