La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Deficit 2

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

On disait en terminant le dernier billet qu’il va falloir du leadership à l’Université de Moncton, et qu’il faudra certainement encore des sacrifices avant de s’en sortir.

Quant à limiter les hausses de la scolarité, le recteur Théberge affirme que : « Tout le monde fait leur part, le gouvernement fait une certaine contribution au fonctionnement de l’Université, les étudiants […] font leur part aussi. Et je vous rappelle que les droits de scolarité à l’Université de Moncton sont les plus bas dans les Maritimes. »

Savez-vous la différence entre les Maritimes et l’Atlantique? L’Atlantique, ça inclut Terre-Neuve. Et juste au-dessus de nous, il y a une autre province, nommée le Québec. Ces deux provinces offrent une scolarité dont le coût moyen est moindre qu’à Moncton, et l’une des deux l’offre même en français. Le mot n’a pas été choisi au hasard.

Sur papier, les universités du Québec ont un coût différencié pour les étudiants de l’extérieur de la province, mais sur le terrain, cette différenciation n’est pas toujours appliquée, en partie car il existe des exemptions (Gouvernement du Québec) et en partie, je devine, parce que certains ignorent que le Nouveau-Brunswick n’est pas une région du Québec (Acadie Nouvelle).

OK, là je blague, mais sans farce, je connais des gens du N-B qui ont complété leurs études au Québec sans payer de frais différenciés. Le truc est de trouver un logement avant de s’inscrire, si je me souviens bien : adresse au Québec = résident du Québec à des fins administratives. Peut-être que la rigueur varie d’un endroit à l’autre.

Il faut revenir à l’affirmation du recteur : « tout le monde fait leur part », alors qu’il ne cite que l’exemple du gouvernement et des étudiant.e.s. Ces derniers contribuent, dans l’ordre, à 68% et 27% (alors 95%) du fonds de fonctionnement de l’Université (UMoncton).

Que dire de la part de l’administration? Le vice-recteur aux ressources humaines et à l’administration (VRARH) affirme que des coupures ont été faites au niveau du personnel, mais sur le terrain on constate surtout des départs à la retraite non remplacés. C’est dire qu’on ne coupe pas forcément là où on pourrait ou devrait le faire, mais bien là où c’est possible ou opportun de le faire.

La haute administration de l’Université de Moncton n’est pas exactement un modèle de sacrifice non plus, il faut le dire. Au niveau des cadres supérieurs (sup.), administratifs (adm.) et académiques (aca.), voici à quoi ça ressemble:
 

 

 

2016

Échelles de traitement des cadres supérieurs

 

 

Total

75 000$ et moins

75 001$ à 100 000$

100 001$ à 125 000$

125 001$ à 150 000$

150 001$ à 175 000$

175 001$ et plus

Sup.

0

0

0

2

2

2

6

Adm.

1

19

8

4

0

0

32

Aca.

0

3

9

9

3

0

24

Total

1

22

17

15

5

2

64

 Source : (Université de Moncton)

Bon, j’omet de mentionner que le salaire des cadres administratifs (le groupe le plus nombreux au tableau précédent) a été gelé en 2015-2016. Gèle mon salaire à six chiffres pour un an, au N-B, je ne pense pas que je verserai trop de larmes. Et ça ne change pas le fait que 60% des cadres à l’Université de Moncton reçoivent un salaire de plus de 100 000$ et que les salaires ne diminuent généralement pas à long terme – ils augmentent.

Ajoutons M. le recteur lui-même, dont le salaire sera de 264 002$ suite à son renouvellement de contrat (UMoncton). Il était de 250 000$ à son contrat précédent (Acadie Nouvelle), ce qui signifie une augmentation d’environ 1,1% par année sur cinq ans, pour un total de 5,6%. Raisonnable, quoi. Son contrat d’embauche de 2012 (UMoncton) indique qu’il a également eu droit à d’autres bénéfices, dont une allocation pour l’utilisation de son véhicule (700$/mois), un budget de relations publiques (1200$/année) et le remboursement de ses coûts de déménagement. Ces derniers s’élevaient à 107 000$ (Radio-Canada).

Ces coûts peuvent paraître excessifs, mais il s’agit de concessions standard à l’embauche de cadres supérieurs. Leur raison d’être, tel qu’on nous l’explique régulièrement, est d’attirer les meilleurs candidats. Et effectivement, quand on compare ces montants à ceux octroyés aux cadres du secteur privé, il n’y a pas de quoi sauter en l’air.

Mais, blasphème, on est pas une entreprise privée!!! Qui s’engage dans une carrière administrative dans le secteur public aura intérêt à le faire pour d’autres raisons que le salaire, qu’on se le tienne pour dit. Les conditions de travail, les vacances payées, l’horaire stable, les bénéfices sociaux, d’accord, mais uniquement le salaire? Je ne crois pas. D’ailleurs, ces soi-disant « meilleurs candidats » restent probablement dans le secteur privé, rapport que c’est là que la chance d’être rémunéré « à leur juste valeur » est la plus forte. Quant à être compétitifs, on se demande l’impact réel que la qualité perçue des membres de l’administration peut avoir sur le terrain.

Est-ce qu’attirer des administrateurs ou administratrices de renom (si ça existe) apporte quoi que ce soit de plus à l’Université en tant qu’établissement postsecondaire? Est-ce que ça contribue directement à sa mission d’enseignement? Possible, mais seulement si les candidat.e.s retenus pour administrer administrent effectivement.

Témoin le recteur Théberge, qui nous disait ceci en 2015 en annonçant un 3e déficit en autant d’années :

« Je pense que l'Université doit se structurer selon ses moyens. C'est-à-dire qu'on a des décisions à prendre dans la prochaine année, les prochaines années, pour s'assurer que l'Université est bien positionnée pour affronter justement les défis mentionnés au niveau des inscriptions, des budgets rétrécis, des subventions. Je pense que l'avenir de l'Université n'est pas en cause. » (Radio-Canada)

N’en sommes-nous pas au moment où sa préscience devrait commencer à porter fruit? S’il y a bien un domaine où un besoin de restructuration devrait être manifeste, ne serait-ce pas celui de l’administration?

Les moyens de l’Université, on les connait bien maintenant, et le recteur Théberge a eu 5 années déjà pour se familiariser avec ces derniers. En un mot : ils sont insuffisants.

Ce serait bien si le gouvernement acceptait de se ranger à cet argument, mais les faits nous démontrent l’inverse : on compte au contraire affamer les universités publiques pour les mettre au pas, ce qui est un moyen détourné pour contrôler l’utilisation des fonds qui sont remis sous forme de subvention. La méfiance règne.

En somme, sans leur dire quoi faire, le gouvernement réduit année après année le nombre d’options viables ouvertes aux universités. Il gouverne par élimination. Mais sur papier, la gouvernance reste l’affaire des institutions.

Comme le président de la FÉÉCUM l’a fait remarquer suite au dépôt du budget, l’administration semble pourtant ignorer le fait que les inscriptions diminuent d’année en année et persiste à maintenir une structure conçue pour recevoir 5000 étudiant.e.s (Acadie Nouvelle).

Est-ce ça devient une question de principe, comme l’a dit le recteur dans le dossier des courriels malveillants, histoire de ne « pas plier au chantage » (Acadie Nouvelle)?

Nous réalisons graduellement que la porte est ouverte à des réductions au niveau académique : les salaires du personnel académique accaparant la plus grande part du fonds de fonctionnement (UMoncton), il faudra probablement voir à encadrer ce débat de sorte à solidifier l’Université de Moncton à long terme.

Encore une fois, tout sera question de leadership. Ce n’est pas un appel à la dictature, au contraire, c’est un appel à regarder la situation en face et agir en conséquence, sur la base du compromis et de la négociation. Mais en temps utile.

On ne peut pas continuer de faire porter le fardeau à la population étudiante : on a besoin d’elle pour garder les portes ouvertes.

Il nous pèserait trop lourd de les fermer.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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