La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Bord du gouffre 1

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Cette semaine marque le lancement de la campagne #Monstagemeruine, qui vise à sensibiliser le public à la réalité des stages non-rémunérés.

Évidemment, les réactions initiales venant du public varient dépendant de la situation et du vécu de chacun. Si en général les premiers commentaires soutiennent l’initiative, on voit aussi des gens exprimer leur incompréhension face aux revendications des étudiants. C’est pourquoi il semble pertinent de déboulonner certains mythes autour des stages non rémunérés.

D’abord, le mythe financier. Sous sa forme classique, ça ressemble à : « moi y’a personne qui m’a aidé pis y’a ben fallu que je passe au travers, dis-moi pourquoi ce serait différent pour eux-autres? ».

Si on peut comprendre la motivation derrière cet argument, notamment parce que les ressources sont limitées et les défis multiples, il faut aussi songer que si nous renonçons au progrès en raison des coûts perçus qui y sont associés, nous renonçons également à en récolter les bénéfices à long terme. 

Et puis, si la frustration est telle à l’idée qu’on veuille aider les stagiaires d’aujourd’hui, c’est bien que, en quelque part, de l’aide aurait été la bienvenue à l’époque aussi, non? Je suis prêt à parier que les frustrations d’aujourd’hui ne sont pas si différentes que celles d’il y a 5 ou 10 ans, concernant les stages non rémunérés.

Tout ça pour dire que les stagiaires ne chialent pas juste pour le fun de chialer : il y a évidemment un raisonnement derrière la sortie de la FÉÉCUM.

Pour l’essentiel, on exige de ces stagiaires d’accomplir un travail sans les payer – de fait, en les obligeant à payer – pour des périodes prolongées. De plus, les stages engendrent des dépenses supplémentaires (au sens que ce sont des dépenses que les étudiants qui ne sont pas en stage n’ont pas, et que leur unique raison d’être à ce moment précis est la situation de stage) en transport, en loyer, en matériel, en équipement, en vêtements de travail, et ainsi de suite. Dans certains cas, il leur est interdit d’occuper un emploi à temps partiel en même temps pour aider à faire face aux coûts. Dans les cas où ce serait permis il est pratiquement impensable d’en occuper un en raison du montant d’heures nécessaire pour s’acquitter convenablement des exigences du stage : c’est la raison principale de l’interdiction dans certains cas.

Rajoutons à cela l’horaire de certains stages, notamment en milieu hospitalier, qui se terminent après le début de la période estivale. Cela laisse peu d’opportunités à qui les complète de se trouver un emploi d’été et complique davantage la situation.

Puis il y a la nature du travail en tant que tel.

Il y a évidemment les heures passées dans le milieu de travail, mais avant cela, il y a des heures de recherche et de préparation, et après cela il y a des heures d’intégration, de rétroaction, d’autoévaluation. Dans certains cas, il y a une charge de cours qui demande évidemment son lot de temps en classe et à la maison aussi. Bref, ce n’est pas aussi simple que de se lever le matin et de se rendre au travail, mettre ses 8 heures puis rentrer. Dans la majorité des professions où se tiennent les stages non-rémunérés, d’ailleurs, il y a un montant significatif de travail à faire les soirs et les fins de semaine (pensons à l’enseignement par exemple), en plus d’une charge administrative qui ne peut souvent être complétée pendant les heures normales de travail. Pour les stagiaires, ces tâches s’ajoutent aux tâches supplémentaires déjà exigées d’eux.

Sans vouloir réduire l’importance du travail accompli par les gens du milieu hospitalier, scolaire, ou de la santé publique, ce qui est demandé des stagiaires dépasse leur charge normale de travail : on demande aux stagiaires d’être à la fois des employés et des étudiants, avec l’objectif d’exceller à l’un et à l’autre tout à la fois.

Pitié, diront certains. C’est tough, le monde du travail.

Hé ben, justement.

Mais savez-vous ce qui rend les choses un peu moins tough pour les gens qui travaillent? Leur salaire. Les gens qui disent que les étudiants devront se préparer dès maintenant à payer plus tard oublient-ils que les professionnels du milieu ont un salaire qui compense certains des coûts additionnels lié à l’emploi?

Sans mentionner le coût des études qui n’a fait qu’augmenter depuis les années 1980, tant en dollars réels qu’ajustée pour l’inflation (dollars de 2002) :

Gouffre 1

Ce qui signifie concrètement que, même si tout était moins cher à l’époque, incluant les salaires qui étaient plus faibles, le coût des études n’était pas aussi élevé qu’il l’est aujourd’hui. Par exemple, un stagiaire canadien en 1992 aurait payé 2050$ en droits de scolarité, ce qui équivaut à 3191$ en 2017, alors qu’un stagiaire de 2017 paiera 5830$.

Dans le cas des étudiant.e.s internationaux, évidemment, cet écart est encore plus prononcé. Ils paient aujourd’hui près du double de ce que ceux de 1992 payaient, en termes relatifs.

Ça signifie non seulement que plus on recule dans le temps, plus il était facile de payer soi-même pour ses études (c’est-à-dire d’obtenir un diplôme sans s’endetter, ou significativement moins qu’aujourd’hui), mais également que tous les autres achats et dépenses, mineurs et majeurs, étaient plus accessibles.

Il y avait, comme aujourd’hui, des exceptions, mais on parle en général.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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