La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Inaction 2

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets. 

L’American College Health Association a récemment divulgué les résultats de son sondage 2016 sur la santé des étudiant.e.s de 41 institutions canadiennes (ACHA).

On a jeté l’an dernier un coup d’œil sur les données de 2013 (FÉÉCUM), qui témoignent de combien la santé mentale des étudiant.e.s est un enjeu véritable sur les campus canadiens. Enjeu qui, malheureusement, ne reçoit pas toujours l’attention qu’il mérite, en partie certainement car il est invisible au quotidien.

Rappelons au besoin que les chiffres de l’ACHA reflètent le nombre de personnes qui accèdent aux services de santé. Il s’agit de la minorité, car six personnes sur dix souffrant de trouble ou de maladie mentale n’iront pas chercher d’aide (Commission de la santé mentale du Canada). La majorité souffre en silence.

Ajoutons que le sondage brosse un portait beaucoup plus large que celui présenté ici, touchant à toutes les dimensions de la santé. Certaines données, touchant par exemple à l’utilisation personnelle de substances comparativement à la perception de l’usage chez les autres, sont particulièrement intéressantes, mais laissées de côté.

En gros, et peu importe la substance : non, tout le monde ne le fait pas. En fait, la plupart du monde ne le fait pas. Mais la majorité pense que tout le monde le fait.

C’est fascinant; mais nous choisissons ici de nous limiter à la santé mentale.

Il est important de rappeler que, sans forcément avoir reçu un diagnostic ou un traitement pour un trouble ou une maladie mentale, n’importe qui peut vivre un problème de santé mentale. N’importe qui. Par exemple dans les moments de grand stress, de perte ou de deuil, ou à la suite d’événements traumatisants, il est parfaitement normal de vivre et d’expérimenter de émotions ou sentiments inhabituels.

Ça peut durer un certain temps, puis se dissiper. Ça varie d’une personne à l’autre.

On ne peut que réagir normalement à ce qui est anormal : on ne contrôle pas ses émotions, seulement leur manifestation. Cela dit, vivre un problème de santé mentale n’équivaut pas forcément à développer un trouble ou une maladie mentale.

Pour illustrer, songez à la différence entre avoir un pied dans le plâtre et être amputé d’une jambe. Vous aurez besoin de soins pour les deux, vous aurez besoin de vous adapter aux deux, mais l’un des deux est passager, et l’autre est permanent. Permanent, mais gérable, à l’aide d’une prothèse par exemple. Une fois que votre pied aura guéri, vous n’aurez plus besoin de prendre des antidouleurs ou de marcher avec des béquilles; la personne amputée devra gérer sa condition au quotidien pour le reste de sa vie.

Pour bien des gens, et même en l’absence de préjugés, il peut être difficile de comprendre la maladie mentale, et le besoin de traitement. La raison en est bien simple : elle est invisible. Repensez à la prothèse de tantôt : on ne la verra pas la plupart du temps.

Ce que je voudrais que vous puissiez retenir face à la maladie mentale, c’est qu’il est parfaitement possible de la gérer au quotidien de sorte à mener une vie productive, active, signifiante et bien remplie.

Et de même, comme vous ne songeriez jamais à ignorer une fracture du pied; n’ignorez pas les problèmes de santé mentale. L’aide est disponible, mais il faut demander. Au minimum, parlez-en avec quelqu’un en qui vous avez confiance. Une multitude de traitements efficaces existe (à part la médication), et le plus souvent il s’agit de trouver ce qui fonctionne le mieux au quotidien pour tout un chacun.

Sachant tout cela, jetons maintenant un regard sur le rapport 2016 (ACHA). Histoire de constater l’évolution de la tendance, nous ajoutons les données de 2013 (ACHA) à des fins de comparaison.

On débute avec les émotions ressenties au cours des 12 mois précédents (le plus souvent précédées du qualificatif overwhelming, soit accablant) :
Inaction Tableau 1
On constate immédiatement que la tendance est à la hausse presque partout. Gardons à l’esprit cependant qu’avec chaque nouvelle cohorte d’étudiant.e.s les attitudes envers la santé mentale évoluent, ce qui signifie que ce n’est pas forcément la situation qui a empiré; l’augmentation est possiblement attribuable à un recours plus fréquent à l’aide disponible. La hausse au niveau de l’anxiété ressentie demeure frappante, toutefois : même si on peut l’attribuer à un nombre accru de consultations, le fait demeure que la proportion d’étudiant.e.s vivant de l’anxiété et de la déprime accablante (felt overwhelming anxiety; felt so depressed it was difficult to function) a progressé de façon marquée en 3 ans à peine. On voit également une augmentation importante au niveau du désespoir (felt hopeless). Notez bien qu’il est possible de ressentir de la déprime et du désespoir sans souffrir de dépression, d’où le choix de termes utilisés dans la traduction.

Poursuivons avec les comportements suicidaires et d’automutilation :
Inaction Tableau 2
Même observation ici, alors que les tentatives de suicide, les pensées suicidaires et les actes d’automutilation ont tous progressé. L’augmentation peut sembler énorme, mais rappelons que les taux de 2013 se situent entre 1,3% et 9,5%. La bonne nouvelle cependant, c’est que les personnes qui ont ces pensées ou ces comportements ont cherché à en parler.

Regardons ensuite les diagnostics et les traitements reçus:
Inaction Tableau 3
On constate une progression importante pour l’anxiété et la dépression (ce qui semble logique considérant l’augmentation des sentiments d’anxiété, de déprime et de désespoir rapportés dans le premier tableau). Encore une fois, il faut souligner qu’il y a du positif dans ce constat, en ce que les gens sont plus à l’aide de demander de l’aide professionnelle en cas de détresse.

Enfin, jetons un œil sur l’impact de la maladie et des problèmes de santé mentale au quotidien:
Inaction Tableau 4
On se limite ici à quelques aspects centraux de la vie des étudiant.e.s. Évidemment, ces aspects peuvent avoir été à l’origine du problème rapporté : la difficulté à gérer ses études demeure en tête de liste, mais on voit aussi l’aspect financier et la carrière. Ce n’est pas surprenant en milieu postsecondaire, évidemment, mais on constate aussi que tous les aspects présentés ici, incluant les relations, ont fait l’objet d’une augmentation.

En bout de ligne, on en vient à se demander si les augmentations constatées partout dans le sondage (qui est très long, très complet, et très intéressant – je vous invite à aller y jeter un coup d’œil vous-mêmes) nous indiquent que la situation a empiré de façon marquée en relativement peu de temps, ou au contraire si on ne voit que de plus en plus d’étudiant.e.s rapporter les mêmes problèmes.

Comme le sondage rapporte on a un échantillon de 34 039 en 2013 et de 43 780 en 2016, grâce à l’ajout de 11 institutions, la seconde option semble crédible (HESA).

Le moment est à l’action, et pas seulement pour les campus : tous les intervenants doivent y contribuer. Indépendamment des raisons de l’évolution des tendances, il est indéniable que la santé mentale des étudiantes et des étudiants est – et restera – l’un des grands enjeux du monde postsecondaire pour les années à venir.

L’inaction n’est pas, n’est plus une option. Si, la tendance se maintient.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.









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