La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Cest laviron

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

J’en ai appris une bonne cette semaine.

Quelques mois passés, une représentante étudiante au Conseil des gouverneurs (Board of Regents) de l’Université Memorial, a quitté son poste en dénonçant l’intimidation qu’elle y subissait de façon réguière. En tout cas, semblerait-il que le fait pour une représentante étudiante de siéger sur l’exécutif de l’association étudiante du campus la placerait dans une situation « claire et irréconciliable de conflit d’intérêt et d’implication » dans son rôle au Conseil des gouverneurs (CGV) de son université.

Wô menute.

Et comment, au juste, les affiliations des autres membres du Conseil des gouverneurs de MUN (ou de n’importe quelle autre institution *a-hum*) ne placerait pas ces derniers dans la même situation? Ne serait-il en fait pas SOUHAITABLE que les personnes qui siègent sur ce Conseil aient une connaissance et un intérêt dans le bon fonctionnement du campus ailleurs que sur papier?

Je ne connais pas d’étudiant.e qui complète ses études dans un campus sur papier.

Imaginez si personne ne se souciait du bien-être des étudiant.e.s au CGV. Ma formulation est un tantinet injuste : je veux dire n’avait pas comme première directive le bien-être de la population étudiante. Et puis, faut pas se leurrer, nulle part sur le campus les étudiant.e.s ne forment une majorité des représentant.e.s sur un comité lié à la gouvernance universitaire.

Et de fait, si on regarde la composition du CGV de notre université (UMoncton), on constate que les personnes qui y siègent, qu’est-ce qu’on retrouve? Des membres de l’administration, des professeurs, des anciens, des présidents et des représentant.e.s d’associations liées à l’Université , des employé.e.s du gouvernement...

Bien des gens, en somme, qui pourraient se trouver dans la même soi-disant position qu’une représentante étudiante, sauf que les priorités (et les biais, soyons francs) ne seraient pas les mêmes.

Le fait est que, même si les personnes nommées sur un Conseil ont le devoir d’y siéger en tant que représentant.e d’un groupe ou d’une région ou d’une qualité quelconque, la majorité des gens siègent d’abord en raison de leur intérêt, de leur disponibilité, de leurs obligations ou de leur expérience. Ce qui signifie, en gros, que les contributions de cette personne au groupe se font largement suivant leurs inclinaisons personnelles. Le mieux qu’on puisse faire est d’assurer un mélange assez disparate d’intérêts pour ne pas faire pencher la balance de façon trop évidente d’un côté ou de l’autre.

Et du côté étudiant, excusez pardon mais y’a pas grand monde. Alors les histoires de conflit d’intérêt, vous savez où vous pouvez vous les mettre. Prenons encore une fois l’exemple du CGV à l’Université de Moncton : 3 représentant.e.s étudiantes sur 27 membres. Pas certain que le conflit d’intérêt, s’il existe véritablement, va être un problème.

D’ailleurs, par conflit d’intérêt on entend généralement un potentiel de gain financier ou de trafic d’influence pour la personne qui siège, sa famille ou son entourage. Ou alors entend-on par conflit d’intérêt une opinion à l’encontre de l’intérêt de l’institution?

J’ai bien été obligé de jeter un coup d’œil au rapport de MUN. On y évoque en outre le besoin de développer une culture de gouvernance plus inclusive, plus ouverte, et plus redevable. Qui plus est, il s’agit de besoins évoqués par les membres qui y siègent, pas uniquement la personne en charge de l’enquête. Malgré tout, celle-ci note que les pratiques de gouvernance à MUN sont comparables à ce qui se trouve ailleurs. Un recours moins fréquent aux discussions en huis clos, une documentation plus épurée, et des efforts pour mieux faire connaître les membres du Conseil dans la communauté ont été recommandés pour améliorer la situation (MUN).

En réponse aux critiques de Brittany Lennox, la représentante étudiante qui a quitté son siège au Conseil de MUN en raison de l’intimidation qu’elle disait y subir (CBC), le président du Conseil a dit que la masse d’information fournie aux membres du Conseils peut sembler énorme et la tâche, insurmontable. En somme, ce n’est pas tant les membres du Conseil qui sont intimidants, mais bien le travail attendu de qui y siège.

Il propose de fournir un meilleur mentorat aux étudiant.e.s qui sont élu.e.s pour y siéger, particulièrement sur les sujets plus « spécialisés » comme les audits ou le risque.

Pas mauvais en soi, mais la réaction est typique de l’attitude trop souvent démontrée par les membres de l’administration universitaire à l’égard des représentant.e.s de la masse étudiante. En général, ça donne dans le genre : « écoute-moi ben, le jeune, j’vas te dire comment ça marche icitte : fais pas de vagues pis tout va bien aller. Tu sais pas de quoi tu parles, aussi ben te taire pis voter oui comme les grandes personnes ».

Résultat? Un vote unanime succède à l’autre. On annonce, on approuve, on passe au prochain. Comment est-ce que la relève va se faire dans le monde de la gouvernance si on persiste à traiter les jeunes qui s’y intéressent comme de petits morveux qui ont affaire à manger leurs croûtes avant de penser à s’ouvrir la trappe ?

Parce qu’éventuellement, à l’usure, y’auront bien fini par comprendre que la gouvernance, c’est d’abord le oui collectif et indivisible ?

Pour que même les « bons » gouverneurs blaguent à l’effet que prendre certaines positions pourraient bien les mener à ne pas être renommés ou réélus à leur position, on comprend que cette conformité, cette grisaille administrative, est perçue comme une nécessité au bon fonctionnement de l’institution.

Que la dissidence et l’opposition n’ont pas leur place dans la salle ? Parce que si on songe une minute à ce qui fait un « bon » gouverneur, dans la culture institutionnelle (sans se limiter aux institutions postsecondaires), est-ce que ce n’est pas justement cela ? La personne qui dit oui au nom d’un groupe qui n’y est pas, sans questionner ?

J’ai lu il y a quelques temps un billet très intéressant sur la gouvernance, qui disait pour l’essentiel que les membres des Conseils ont besoin de renouer avec la curiosité dans l’exercice de leurs fonctions, et de cesser de percevoir l’acte de questionner comme un signe d’ignorance s’ils veulent demeurer pertinents au bien de l’institution (Inside Higher Ed) et parvenir à s’attaquer aux problèmes d’un angle nouveau, plutôt que de répéter les mêmes erreurs qui ne font qu’y ajouter même si on semble agir pour les résoudre.

Mais à MUN, comme ailleurs, la curiosité est découragée quand il s’agit de gouvernance. On y mène le culte de la stabilité. En termes de finances, à la rigueur ça se défend ; mais en termes de mentalité, moins.

Gouvernance, gouvernail, aviron... c’est l’aviron qui nous mène.

Qui nous mène rond.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

Nous joindre

Heures de bureau de la FÉÉCUM
De 8h à 16h du lundi au vendredi
Local B-101 du Centre étudiant

Adresse postale
La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton
Centre étudiant
Centre universitaire de Moncton
Moncton, NB
E1A 3E9

Téléphone: 506-858-4484
Télécopieur: 506-858-4503