La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Baswell

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Vous avez peut-être (OK, c’est pas exactement le genre d’affaire qui sort de nulle part entre deux margaritas) entendu parler du récent sondage de la Banque de Montréal (BMO), dont l’une des découvertes principales est le taux élevé de préoccupation des jeunes de la génération Y pour leur dette d’études.

D’après le sondage en question, près d’un tiers des Y – ce sont les modèles 1981-2000 si vous vous cherchez dans le tas, mais bon les limites sont assez fluides aux extrémités – considèrent le remboursement de leur dette d’études comme leur principale préoccupation financière. L’épargne-retraite serait looooooooin dans leurs priorités (Radio-Canada). Mais pourquoi, diantre?

Serait-ce, par hasard, PARCE QUE LEURS ÉTUDES LEUR ONT COÛTÉ UNE FORTUNE (fortune que la majorité n’a pas en partant, il faut le dire) ET QUE L’EMPLOI QU’ILS OCCUPENT N’EST PAS À LA HAUTEUR DE LEURS ATTENTES???

CapsLock à part, il faut mentionner que ces attentes, au point de vue salarial, seraient largement irréalistes. En 2013, les étudiant.e.s canadien.ne.s s’attendaient à obtenir un salaire de plus de 50 000$ en moyenne deux ans après la fin des études (BMO).

Plus irréaliste encore était leur idée de la progression dans l’échelle salariale : les femmes s’attendaient recevoir 70 000$ et les hommes 85 000$ après cinq ans (soit entre 40% et 70% d’augmentation, en cinq ans). Carrément illusoire, le salaire escompté en fin de carrière : de 125 000$ à 170 000$ serait considéré comme étant la norme (Maclean’s). Alors quoi, tout le monde triplera son salaire en 20 ans.

L’affaire est ketchup!

Mais la réalité? Le salaire moyen varie de 31 000$ (Arts visuels et communication) à 53 000$ (architecture et ingénierie) deux ans après le diplôme, et en fin de carrière? Là, rien de précis, mais en 2014 ce sont 11,3% des Canadien.ne.s qui ont déclaré un revenu d’emploi de plus de 100 000$, et seulement 3,8% un revenu d’emploi de plus de 150 000$ (Revenu Canada)... Ce qui signifie à peine plus qu’une chance sur dix d’entrer dans le club des salaires à six chiffres.

Et les chances que ça s’améliore ne sont pas fortes : plus on avance et moins les détenteurs de diplôme universitaire gagnent (Statistique Canada).

Och waille.

Une chose que la dernière étude BMO nous indique sur le sujet, est que les Y (ou Milléniaux) présentent un taux de chômage ou d’emploi à temps partiel plus élevé que le reste de la population. Statistique Canada publie régulièrement des mises à jour sur ces données, alors ce n’est rien de nouveau (Statcan).

Fait intéressant, les données utilisées pour soutenir l’affirmation du rapport BMO ne proviennent pas de Statistique Canada, mais d’Environics Analytics, qui se décrit en tant que (je traduis) « l’une des plus grandes compagnies de services en marketing et en services analytiques en Amérique du Nord », et plus spécifiquement d’une présentation donnée à la 9e conférence annuelle pour ses usagers. Le titre de la présentation?

« Millenials : The Newest, Biggest and Most Diverse Target Market » (Environics).

Des bêtes exotiques dans une ménagerie, quoi. Full victorien.

Et j’en viens donc à une autre question importante en présence de sondages comme ceux de BMO sur la réalité étudiante : qu’est-ce qu’on essaie de vendre ?

Parce qu’en fait, BMO la banque se fout éperdument de la situation des jeunes diplômé.e.s au-delà de l’incapacité que leur dette étudiante leur cause à investir dans des portefeuilles et acheter des produits BMO. Sont pas méchants, ce n’est pas ce que je dis, en fait ils ne sont pas pires qu’un autre ; mais les Y sont d’abord pour eux un groupe-cible, à qui on essaie par des sondages comme celui-ci – qui reçoit chaque fois son lot d’attention dans les médias – de vendre l’idée qu’on est la bonne banque pour eux, qu’elle sait ce qu’il leur faut pour améliorer leur situation financière parce qu’elle les comprend.

On veut vous comprendre, parce qu’on veut vous « aider ». Tsé, vous devriez penser à votre retraite, entre deux shifts de votre stage non-rémunéré.

La preuve : une partie des données présentée par BMO touchent à la planification de la retraite (BMO). Tu parles à du monde dans la vingtaine : ils s’en sacre de la retraite, c’est trop loin. Pas besoin d’expliquer que ce ne sont pas les répondants qui ont amené le sujet d’ailleurs.

On constate d’ailleurs que chez les Y, le compte d’épargne est le principal moyen utilisé en vue d’un achat précis, devant le CELI et le REER.

Tu sais, quand aujourd’hui est assez difficile pour t’empêcher de planifier demain ?

Quand arriver à la fin du mois/de la semaine est une source d’anxiété, est-ce que cotiser à un REER sera la première chose qui vienne en tête le jour de la paye?

Et dites-moi donc, qu’est-ce que BMO vend, comme par hasard ?

Ça fait que, même si y’a pas de question que la dette étudiante des Canadien.ne.s (et particulièrement dans notre province) est ridiculement élevée pour une nation avancée sur le plan économique, on n’avait pas besoin d’une énième étude pour nous le rappeler : les étudiant.e.s et les diplômé.e.s vous le disent depuis des années, quessé ça va prendre de plus pour vous convaincre d’agir??? Il ne manque pas de pays qui font les choses différemment et qui s’en tirent plutôt bien (Eurydice).

Enfin, c’est aujourd’hui considéré la norme en termes d’employabilité que de se présenter à l’employeur avec une forme ou l’autre de diplôme postsecondaire en main. La norme. Est-ce qu’on penserait faire payer aux enfants leur secondaire ?

Je veux dire, on leur donnerait accès à un prêt personnel sur lequel il faudra payer l’intérêt après la graduation, y’aurait pas de problème. On n’est quand même pas des barbares. Parce que accessibilité. Mais accès à quoi ?

Blague à part, c’est pour ça qu’on ne voit pas la CIBC faire de grandes études sur l’endettement des jeunes : elle a le monopole des prêts étudiants.

La nouvelle norme est le diplôme du premier cycle (collégial ou universitaire). De la sorte, il devrait aussi être financé publiquement. Gratuit, quoi. À titre indicatif, une taxe annuelle de 100$ par citoyen créerait un revenu de 3,6 milliards de dollars.

Parlant de ça, un second ou troisième diplôme devient de plus en plus fréquent afin de se donner un avantage. Pas surprenant alors que le sondage BMO place la poursuite des études devant la planification de la retraite au chapitre des objectifs financiers prioritaires chez les Y...

Alors, considérant qu’il s’agit d’un obstacle majeur au début de leur vie adulte, est-il normal que les Y veuillent rembourses leurs dettes avant de planifier leur retraite ??

Ben oui, bâzwell !

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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