La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Blogue Manifestement

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Sommes-nous trop à notre aise?

Après tout, sans malaise, pas de mouvement.

Ou alors, sommes-nous simplement endormis? Il existe bien des moyens d’endormir et de faire oublier le malaise pour garder le patient tranquille. La classe politique sait cela; le peuple qui se gouverne le mieux est celui qui reste tranquille. Et séparé en petits groupes.

Vous connaissez peut-être l’adage : « diviser pour mieux conquérir ».

La personne qui parle seule, même si elle dit juste, même si elle parle fort, est la plus facile à ignorer.

Vous aurez peut-être aussi entendu l’opposé : « l’union fait la force ». Devise nationale de l’Acadie, vous savez.

Cent murmures s’ignorent moins facilement qu’un cri.

Dans un cas comme dans l’autre, le message à en tirer demeure le même : c’est par le nombre, c’est par l’union des voix en faveur d’une cause que se mesure l’intérêt qui lui sera porté par les personnes – dont le nombre est, ironie du sort, très limité – ayant le pouvoir et l’influence nécessaire de changer les choses.

Quand ça va mal, c’est plus facile de s’unir pour revendiquer : on se nourrit de la frustration, de la déception qui habite la population, qui flotte dans l’air du temps comme un brouillard séparant la réalité de l’idéal. Quand ça va bien, du moins d’un point de vue personnel, la chose devient moins facile : ça ne va pas de soi.

Est-ce que je serai le premier à manifester contre la hausse de la scolarité si mes parents ont les moyens de payer mes études? Probablement pas.

Est-ce que je serai le premier à manifester pour des soins de santé en français si je suis capable de m’exprimer sans difficulté dans les deux langues officielles? Probablement pas.

Est-ce que je serai le premier à manifester pour dénoncer la culture du viol si je n’ai jamais été victime ni témoin de violence sexuelle? Probablement pas.

C’EST POUR LE BIEN DU GROUPE QU’ON MANIFESTE, PAS UNIQUEMENT SON BIEN PERSONNEL. QUE L’INJUSTICE VOUS AFFECTE OU PAS, ÇA RESTE DE L’INJUSTICE : ALLEZ-VOUS LA DÉNONCER OU L’ACCEPTER?

Si vous pouvez obtenir votre diplôme sans vous endetter jusqu’au cou, ne souhaiteriez-vous pas que d’autres aient la même chance que vous?

Si vous pouvez recevoir les soins de santé dont vous aviez besoin parce que vous êtes arrivés à vous faire comprendre et à comprendre ceux qui vous ont soigné, ne souhaiteriez-vous pas que d’autres aient la même chance que vous?

Si vous n’avez jamais été victime ni témoin de la violence sexuelle, ne souhaiteriez-vous pas que d’autres aient la même chance que vous?

Pour d’autres que vous, si rien ne change, ce ne sera tout simplement pas possible. C’est pour ça qu’il est important de savoir se tenir solidaires.

D’abord, il n’y a aucun mérite réel à se féliciter de sa situation si ça doit se faire en se jugeant supérieurs à ceux qui nous entourent. Il y a un élément de travail qui entre en ligne de compte – indubitablement – mais il y a aussi les circonstances, les opportunités et les obstacles, de même que l’aide disponible pour les surmonter, qui sont le lot de chacun : ce n’est que par l’élimination graduelle de ces obstacles qu’une société parvient réellement à avancer.

La misère de l‘autre n’agrandit en rien mon succès.

Ensuite, il est possible qu’un jour, chacun de nous se retrouve face à une situation qui affecte sa vie négativement, au quotidien. À ce moment-là, on veut pouvoir compter sur l’appui et le soutien d’autres personnes qui, sans être directement affectées, comprennent la nécessité d’avancer le bien commun.

Si je dis tout cela aujourd’hui, c’est que la FÉÉCUM prépare une manifestation le 10 novembre prochain (FÉÉCUM), dans le but de faire des stages non-rémunérés un enjeu des prochaines élections.

Travailleriez-vous sans être payé? D'être obligé de travailler sans avoir le droit d’être payé?

Accepteriez-vous de payer votre scolarité à temps complet et tous les frais afférents si vous n’étiez pas même sur le campus?

Accepteriez-vous de payer de votre poche de l’équipement, des vêtements de travail, des vaccins, des déplacements supplémentaires, du stationnement, un deuxième logement, sans accès à un salaire?

Accepteriez-vous d’être forcés à vous endetter ENCORE PLUS pour obtenir votre diplôme?

Peut-être que ce n’est pas votre combat. Pas aujourd’hui, ou peut-être jamais. Mais à l’heure de votre combat, penserez-vous différemment?

C’est debout, ensemble, qu’on avance; comme je le disais au départ, cent murmures pèsent plus lourd qu’un cri aux yeux de la classe politique. Parce que ce n’est pas des manifestantes et des manifestants qu’ils voient : ce sont des votes. Ce sont les votes des amis, de la famille, des collègues, de tout l’entourage qui passent devant leurs yeux et qui menacent de leur couler entre les doigts. Il ne faut pas sous-estimer la puissance, ni l'influence de la solidarité.

La solidarité seule permet au mouvement étudiant de continuer d’exister. Sans solidarité, sans la force du nombre, tout effort de revendication devient une bataille où on s’engage à armes inégales. Il faut donc créer ce rapport de force

Alors parlez, levez-vous et dites votre malaise. Vous n’en avez pas? Dites celui des autres! Un jour viendra où leur appui vous sera précieux, à son tour.

Ce ne sont pas les causes qui manquent, en revanche il faut un mouvement étudiant fort pour les faire avancer. Sans pouvoir toujours parler pour vous, en tant qu'individu, il parlera toujours pour vous en tant que membre de quelque chose de plus grand que vous.

Il est grand temps qu’on se réveille. Et qu’on le crie tous ensemble.

Manifestement.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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