La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

Blogue Les deux yeux bouches ben dur 1

Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

On a tous eu de ces moments dans notre vie - des moments « j’aurais donc dû » - qui nous forcent à subir des conséquences qui , en rétrospective, était évitables. Ou du moins si elles sont inévitables, à en réduire la gravité et les répercussions.

Quand il est question de racisme à l’école de science infirmière de l’Université de Moncton, des moments du genre, l’institution en a eu son lot. Sans action subséquente pour remédier aux problèmes, vous l’aurez compris.

Ce n’est pas un secret. Évidemment, sans plaintes officielles, l’institution a beau jeu de dire qu’elle n’est pas au courant; la FÉÉCUM a beau japper si fort qu’elle le veut, on peut toujours discréditer les événements rapportés comme des rumeurs. Mais là, soudainement, un professeur de l’Université de Moncton rapporte « que les personnes noires, en science infirmière principalement, sont victimes de discrimination raciale », dans une étude commandée par le gouvernement fédéral. (Acadie Nouvelle)

Hey, subitement là, c’est pas «juste des étudiants» qui parlent; le monde va faire attention.

Et comme de fait, les médias ont sollicité la réaction de l’Université qui fut...

*roulement de tambour*

LE SILENCE!!!

Ben oui, encore. La réponse du Service des communications étant que: «la direction de l’Université n’a pas été informée au sujet d’allégations de discrimination raciale dans le programme de science infirmière du campus de Moncton». C’est quasiment trop spécifique pour être qualifié de réponse, à vrai dire... on dirait plus une excuse.

Qu’à cela ne tienne, la journaliste a tenté d’obtenir des commentaires de la direction et du décanat de l’école de science infirmière, qui ont décliné l’invitation en référant la journaliste au Service des communications. Qui n’est pas au courant, doit-on le rappeler... Pensez-y comme un jeu de chaises musicales, mais sur mute.

C’est un jeu que connaît bien l’auteur de l’étude, qui dit:

« À l’Université de Moncton, la tradition est de gérer tout ça en interne. Le seul mode de gestion de l’Université, qu’ils pensent efficace, c’est de faire en sorte que les affaires embêtantes n’aillent pas dans l’espace public. ils pensent qu’ils ont bien géré alors qu’ils n’ont rien fait. »

C’est raide, mais tristement juste comme regard sur la situation. Et pensez ce qu’il faut de frustrations (le pluriel n’est pas accidentel) pour qu’un professeur aille dire sur la place publique des choses semblables à l’égard de son employeur.

Dites-moi qu’on s’imagine des problèmes, encore.

Certains s’en rappelleront, en 2016 un collectif d’étudiant.e.s internationaux du programme de science infirmière au campus d’Edmundston a signé une lettre affirmant qu’ils sont «régulièrement victimes de discrimination, de harcèlement psychologique, d’injustice et de favoritisme dans leurs milieux d’étude et d’apprentissage clinique». (Acadie Nouvelle)

Petit fait intéressant à propos du campus d’Edmundston: il a le même recteur que celui de Moncton! Il partage également deux vice-rectorats avec ce dernier! Ça fait du monde à la direction qui devrait être au courant, ça, non? Évidemment, on a un nouveau recteur par intérim à l’Université de Moncton depuis peu, mais il s’adonne qu’à l’époque de la lettre il était vice-recteur du campus d’Edmundston. Un moment donné, il faut faire le choix de ne pas être au courant, aussi; et il semble que ce soit le choix de la direction de notre institution. Du moins, à en juger d’après sa réponse officielle.

Dans ce cas particulier, les étudiant.e.s en arrivaient à une conclusion familière: « Chacun de nous a essayé de se défendre à sa façon [...] Comme ça prend du temps, nous n’avons en principe aucune façon pour demander réparation et justice. Alors il devient plus avantageux pour nous de faire profil bas, de subir les situations et espérer graduer un jour. »

Ferme ta trappe, pis endure, quoi. Pour qui paie 10 000$ (10 899$ l’année prochaine) par année, c’est une réponse qui se justifie. Résultat: le problème - et l’aveuglement - persiste.

Mais la problématique du racisme déborde aussi de l’école de science infirmière.

Toujours en 2016, un vice-doyen à la Faculté d’administration avait dénoncé des incidents liés au racisme, sur le campus de Moncton cette fois. Un professeur, Ibrahim Ouattara, avait suggéré la formation de groupes de travail pour favoriser le rapprochement des communautés internationale et canadienne à l’Université de Moncton. (Acadie Nouvelle) Les questions des journalistes à l’époque concernant les plans de l’institution pour favoriser l’internationalisation du campus étaient restées sans réponse.

Quessé tu veux, quand t’es pas au courant...

M. Ouattara, qui est également président du Conseil provincial des personnes d’ascendance africaine du N-B, avait par la suite demandé au recteur Théberge «de faire toute la lumière sur cette situation». (Acadie Nouvelle)

On avait alors avait répondu aux médias que « L’Université de Moncton a pris connaissance des allégation rapportées dans les médias au sujet de racisme au sein de son établissement».

Décidément, la spécificité de tout à l’heure est de plus en plus commode.

Mais bref, le recteur s’engageait à l’époque à étudier le dossier et à faire des suivis s’il le jugeait nécessaire. Vous pensez qu’il y en a eu, des suivis?

Un an plus tard, et malgré sa réaction initiale saluant l’apparente bonne volonté du recteur dans le dossier, M. Ouattara jugeait nécessaire de revenir à la charge pour dénoncer « le comportement apathique » de l’institution:

«L’université ne fait jamais rien en dehors des beaux discours, en disant qu’ils sont préoccupés par ça et qu’ils prennent la situation au sérieux. Il n’y a pas de politiques, il n’y a pas d’actions, il n’y a pas d’engagement.» (Radio-Canada)

Dans une lettre ouverte adressée au recteur, où il n’est résolument pas doux à l’égard de l’institution, M Ouattara attribue l’inaction de l’Université à deux raisons possibles: soit on refuse de croire qu’il puisse y avoir un problème à Moncton, ou alors on fait un « effort délibéré pour ne pas aborder ce problème ou pour ne pas le résoudre. » (Le Front)

... Ouais. Un peu de a), et beaucoup de b), à mon humble avis. La suite des choses a certainement de quoi soutenir cette thèse. M. Ouattara formule d’ailleurs les mêmes remarques en 2018, faisant appel à une « réponse vigoureuse » de l’Université face aux révélations de l’étude du professeur Leyla Sall (Acadie Nouvelle) . Les interventions de M. Ouattara deviennent comme une tradition printanière, ouvrant chaque année la saison de l’inaction institutionnelle.

Cherchez la vigueur dans la réponse de l’Université: « Pour nous, le droit à un milieu de travail et d’études inclusif, respectueux, exempt de toute forme de discrimination, sain et sécuritaire est une priorité ». (Acadie Nouvelle)

Well, si c’est vraiment le cas FAITES QUELQUE CHOSE UN MOMENT DONNÉ!!!

C’est comme si on espère que chaque problème sera le dernier - ou du moins le dernier qui sorte dans l’espace public - du côté de l’institution. Si seulement les victimes pouvaient arrêter de qualifier l’exercice injuste du pouvoir fondé sur la discrimination à leur égard comme du racisme! C’est pas comme si les droits sont pareils pour tout le monde, là... 

Mais à chaque fois, il y a la fois d’après. Normal, quand on s’obstine à ne pas être au courant et, pire encore, à demeurer inactifs en validant le statu quo. Quand on se considère au-dessus du concept de l’erreur et de la remise en question. S’il faut, pour protéger l’image de l’institution, s’acharner à ce que pas un mot ne se dise sur elle, ben y’a un problème avec l’institution en quelque part: on devrait VOULOIR en parler, non???

«La direction n’a pas été informée»: belle excuse pour ne rien faire et rester assis les bras croisés en espérant que la prochaine fois sera pas trop pire.

Et chaque année, sans faute, nous arrivent à la FÉÉCUM des cas de discriminations subies par les étudiant.e.s en milieu de stage. Que cette discrimination soit fondée sur la race - ce qui est plus fréquent - ou sur d’autres facteurs, comme les troubles d’apprentissage ou l’audace de questionner l’autorité, la façon de faire se répète: l’étudiant.e visée est jugé.e de plus en plus sévèrement jusqu’à obtenir un échec qui, s’il est contesté, lui ferme pour ainsi dire les portes du programme. Porter plainte, c’est signer l’arrêt de mort.

Un moment donné, on se trouve face à un choix déchirant: la justice, ou le diplôme.

C’est bien beau de croire en l’idéal d’une justice aveugle, mais quand il est question de voir le racisme à l’Université de Moncton - et plus que tout dans les stages en science infirmière - l’aveuglement est volontaire et nuit au progrès. On aurait besoin de Judge Judy et on se ramasse avec Carmen Campagne:

« Les deux yeux bouchés ben dur ».

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

NDLR: Entre la rédaction et la parution de ce billet, quelqu’un a choisi d’ouvrir les yeux. Le vice-recteur par intérim, M. Jacques Paul Couturier, a réagi en termes francs et sans équivoque - ce qu’il faut saluer - à ce dossier épineux pour l’Université de Moncton (UMoncton). Un moment donné, faut appeler un chat un chat, et c’est fait - maintenant, espérons que ça donnera l’élan nécessaire au progrès, et que d’autres yeux sauront s’ouvrir.

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