La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

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Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Deux mots hantent l’imaginaire de la jeunesse francophone du N-B, et ce depuis des années. Cette hantise, ce malaise viscéral qui habite qui les entend dans un contexte où il est généralement question d’assimilation linguistique ou de financement fédéral, n’est évidemment pas à la mesure du danger posé mais, comme dans tout bon film d’épouvante, on ne peut s’empêcher de le ressentir intensément.

Ces mots ne sont pas « Right Fiers ».

Je vous le donne en mille: il s’agit plutôt de « Benoît », suivi de « Duguay ».

M. Duguay, pour ceux qui ne le connaissent pas (et qui feront l’envie, nul doute, de ceux qui en ont fait la connaissance dans les circonstances évoquées ci-haut) est impliqué depuis belle lurette au niveau de l’engagement citoyen sur bon nombre de questions liées à la préservation de la langue et de l’identité en milieu minoritaire. Il a notamment été - peut-être le demeure-t-il, je ne sais - impliqué avec la SANB et avec l’Université du Troisième âge, qui est le volet éducation aux aînés de l’Université de Moncton. Un volet qui connaît, ici comme ailleurs, un regain de popularité avec le départ des baby-boomers à la retraite.

L’éducation leur a, après tout, ouvert la voie vers un succès professionnel auquel les générations précédentes n’avaient pas accès et dont, tristement, les générations suivantes ne peuvent que rêver.

Mais passons.

Bref, il ne s’agit pas d’un banal énergumène ou d’un troll de basse naissance qui ne sort à la lumière du jour que pour causer la controverse, que nenni. C’est quelqu’un. Il a vu, il a dénoncé, il a cru, il s’est engagé, il a contribué. Pour tout cela, remercions-le.

Malheureusement, il n’a pas beaucoup évolué.

Et comme l’a démontré la théorie du darwinisme, les espèces qui n’évoluent pas au rythme de leur environnement sont vouées à disparaître. Connaissant votre légendaire susceptibilité, M. Duguay, je vous saurai gré de bien vouloir comprendre qu’il ne s’agit pas là d’une menace, mais d’une simple métaphore.

Je prends la peine de préciser, car la dernière fois que j’ai fait une métaphore par laquelle il s’est senti visé (FÉÉCUM), j’ai eu à subir des foudres dont je me passerais très bien, merci. Désolé encore mais, soyez-en assuré, je ne vous souhaite pas le moindre mal.

Ceux qui me connaissent savent très bien que je ne ferais pas de mal à une fourmi.

Mais nous ne nous connaissons pas, et peut-être en tirons-nous une mutuelle béatitude. Je ne puis parler que pour moi-même.

Il reste que les derniers élans lyriques de M. Duguay ont touché une corde sensible chez la jeunesse francophone du N-B. Corde qui, d’ailleurs, n’a rien de sacré pour monsieur, car ce n’est pas la première fois que sa verve la titille dans un forum public; sous la forme d’une lettre d’opinion du lecteur dans l’Acadie Nouvelle.

Tsé, quand on parlait d’évolution tantôt?

S’il faut chialer pour que les jeunes entendent, il vaudrait mieux chialer là où les jeunes écoutent.

En tout cas - je ne suis probablement pas mieux, à en croire les hits sur certains de mes posts. Nous ne sommes peut-être pas aussi différents que j’aimerais le penser.

Mais bon, le hasard a voulu que le groupe qui a remporté cette année le concours Accros de la chanson ait un nom - quelle horreur - à consonance anglophone.

Et M. Duguay de monter sur ses grands chevaux, pour questionner l’utilisation du financement remis à la FJFNB pour promouvoir la langue française auprès de la jeunesse néo-brunswickoise. Pour la simple raison que le nom du groupe vainqueur, « Track of Rock » (Ben oui, pourquoi pas « Sentier de Cailloux » voire « Ch’monne de gravoi », hein?) lui fasse friser le poil d’oreille, il insinue que Accros soit « lentement assimilateur». Googlez-le, je refuse de mettre un lien vers l’article.

Googler, c’est un verbe après tout; je le préfère au plus formel « googliser ». (Larousse)

Je doute qu’il n’écoute beaucoup de Lisa LeBlanc (qui a osé appeler une de ses chansons Kraft Dinner au lieu de Dîner Kraft!!!), ou de Hay Babies (leur nom est en anglais z’autres itou!!!), mais s’il faut se convaincre de l’impact culturel de Accros sur la jeunesse francophone du N-B - et sur la francophonie internationale - pas besoin de chercher plus loin.

L’ampleur que l’événement a pris, ne fait qu’ajouter de la valeur aux produits culturels francophones pour la jeunesse. C’est la raison pour laquelle l’intérêt se maintient. Accros prouve à la jeunesse que s’exprimer en français, que créer en français, et qu’être reconnu comme artiste francophone, est une réelle possibilité. Ça rend ce rêve non seulement tangible, mais accessible; le tout sans tomber dans le vieux schéma moralisateur des vierges offensées de l’Académie française. Que l’on peut néanmoins voire affublés de leur smoking dans le parking du dancing. Où par ailleurs il se peut très bien qu’on joue du rock sans guillemets, ne vous en déplaise M. Duguay.

Le débat soulevé par M. Duguay - maladroitement - appartient sous la forme qu’il lui donne aux années soixante. Tant qu’à mal parler on serait mieux de se taire? Si ce n’est pas jouer le jeu de l’assimilation que de penser de la sorte, je ne sais pas ce qui l’est. Laissons chaque génération trouver sa voix.

Dans le cas présent, s’il avait pris la peine de regarder plus loin que l’étiquette, M. Duguay aurait réalisé que parler d’un événement « lentement assimilateur » tenait simplement de l’idiotie. Et pourtant, même Johnny Halliday chantait en français. C’est drôle, pareil.

Avec Accros, cette fierté de s’exprimer en français a connu un regain de vie. Le besoin est là, le désir est là et grâce au travail acharné de la FJFNB, le moyen est là également. 1755, à l’époque de la jeunesse de M. Duguay (et je parle du groupe musical, au risque de vous avoir offusqué), avait quelque chose de blasphématoire, de rebelle; dans une ville où il fallait se cacher au sous-sol de Taillon pour fêter en français avec des amis, où parler français en public était pratiquement traité comme un crime, chanter la réalité acadienne (avec ses bons et ses mauvais côtés: pour ce qu’elle est) en français et avoir le succès que le groupe a connu avait quelque chose de miraculeux. Si les artistes francophones sont plus nombreux aujourd’hui en Acadie, largement grâce au mouvement lancé par 1755, cette fierté identitaire a toujours besoin d’un coup de pouce pour se développer chez la jeunesse.

Et M. Duguay suggère qu’on retire toute forme de financement lié à la promotion de la langue française à l’organisme - qui fait plus que Accros (FJFNB) pour la jeunesse - pour la seule raison qu’un groupe participant à l’un de ses événements porte un nom anglophone? Et si ce groupe n’avait pas gagné, est-ce que le cheval serait resté amarré sur la bouchure?

Si ce groupe, formé de jeunes de Shippagan, qui se produisait en anglais depuis sa formation et qui a exploré la chanson en français à cause du concours Accros de la chanson, avait plutôt été composé de jeunes ayants-droits issus de familles exogames, qu’en aurait dit M. Duguay? Aurait-il demandé qu’on leur retire leur prix parce qu’ils ne sont pas suffisamment francophones? Ou peut-être juste la moitié?

Il y a deux ans, c’est au comité organisateur des Jeux de la francophonie canadienne qu’il s’en prenait, en crachant son fiel sur le slogan adopté pour l’événement, « Right Fiers! ». Mais là aussi, pour un mot sur l’étiquette, il suggérait qu’on retire le financement au comité organisateur. Ces jeux visent à faire vivre un événement d’envergure en français à des jeunes issus de milieux minoritaires, où la chose n’est pas toujours possible. Expérience qui, à long terme, pourrait s’avérer constitutive de leur identité en tant que francophones et encourager la poursuite d’objectifs en ce sens dans leurs régions.

L’ampleur des répercussions qu’auront des événements de ce genre est inestimable. et vous voudriez qu’on coupe leur financement? Pour le donner à qui, au juste? On devine d’après les propos de monsieur qu’il juge les jeunes incapables de prendre des décisions avisées; mais n’a-t-il pas déjà lui-même été jeune et rempli d’idées? Est-il raisonnable que l’on cesse d’avoir de nouvelles ambitions et qu’on cesse d’investir dans la jeunesse pour la simple raison que ses idées sont différentes de celles qu’il avait au même âge?

À regarder de trop près l’étiquette, on risque de n’avoir aucune idée de ce à quoi peut ressembler la chemise. Et au risque de vous apprendre quelque chose, M. Duguay, la jeunesse ne regarde plus l’étiquette d’aussi près que les gens de votre génération.

Parce qu’elle a accepté d’évoluer. Vous avez le droit de ne pas être d’accord; ça on ne vous l’enlèvera pas. En revanche, n’empêchez pas la jeunesse francophone de faire son propre chemin car à ce jeu, vous encouragez le silence d’une génération et pas sa vitalité.

Suffit sur le sujet de M. Duguay. Il faut toutefois clore en disant un mot sur les choix éditoriaux de l’Acadie Nouvelle dans ce dossier. Un peu plus de discernement sur ce qui doit paraître en ses pages aiderait à maintenir sa crédibilité en tant que leader d’opinion pour la minorité francophone. Oui à la controverse, mille fois oui; mais qu’elle mène ailleurs que dans un cul-de-sac idéologique.

On lit le titre, on lit les propos, on donne des clics et de la visibilité aux commanditaires, ça fait des sous, mais en bout de ligne, il faut questionner ce qui se passe, ici.

Je ne suis pas mieux que d’autres et j’accepte volontiers ma part du blâme; je me suis demandé si je devais mordre et j’ai choisi de prendre l’appât. Mais, même s’il faut souvent créer la controverse pour lancer un débat, encore faut-il que ce débat ait un fond.

Toute opinion n’est pas bonne à dire.
Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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