La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

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Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Il fait beau, il fait chaud, c’est l’été et nul doute, la plupart d’entre vous avez mieux à faire que de vous soucier de l’impact des annonces du gouvernement provincial sur l’aide financière aux étudiants.

D’autant plus qu’en pleine saison du gonflage de poitrail électoral, ces annonces ne sont pas toujours de quoi appeler sa mère. Prenons l’exemple d’une annonce récente à Belledune (Acadie Nouvelle): le gouvernement est allé là, tambour et fanfare, annoncer qu’il s’est entendu avec un investisseur pour étudier la possibilité de construire une usine qui ouvrirait peut-être... en 2022. C’est-à-dire à la fin du mandat du prochain gouvernement. 1000 jobs dans la construction, 200 dans l’usine - de quoi faire oublier le fiasco d’Énergie Est (Radio-Canada). Ça n’est pas sorti dans l’annonce, bien sûr.

Tout ce qui est certain est l’incertitude de la chose.

D’ailleurs, si vous pensez que j’exagère, voyez plutôt les paroles du Premier ministre: « Nous sommes heureux d’établir ce partenariat en vue d’explorer la faisabilité de cette possibilité de développement économique importante » (GNB). Hallo la porn de fonctionnaire, toi. Écoutez, qui ici n’est pas couvert de frissons? 50 shades of gray suits.

Je ne savais pas qu’il est possible de ne rien dire en autant de mots, c’est impressionnant.

Ce genre de subterfuge est devenu monnaie courante: de beaux mots, quelques affiches, de jolies photos, une ou deux poignées de mains, un titre qui a l’allure d’une annonce mais en fait, une annonce qui n’en est pas une. C’est un coup de téléphone devant public, pour l’essentiel: il n’y a rien à annoncer. Souhaitons que ça en vienne à se réaliser pour Belledune et la région, qui en a besoin; mais il serait prématuré de célébrer quoi que ce soit.

Au fil des ans - et des annonces - on peut difficilement s’empêcher de devenir cynique.

En janvier dernier quand le gouvernement a annoncé « des investissements annuels totalisant 25 millions de dollars » dans plusieurs initiatives, dont « la mise en place de nouvelles mesures pour réduire l’endettement des étudiants de niveau postsecondaire » (GNB), il nous manquait aussi de détails pour juger de la situation.

J’en disais, à l’époque:

« une annonce de 25 M$, quand ça correspond exactement au montant coupé dans l’aide financière aux étudiants, on s’entend-tu que ça passe un peu de travers? » (FÉÉCUM)

Tout ce qu’on savait au départ était la destination des fonds, mais rien de leur répartition. Les cinq initiatives ciblées par cet investissement annuel de 25 M$ étant les suivantes:

  • Fonds d’emploi pour les jeunes (excluant le postsecondaire)
  • Programme SEED
  • Stages rémunérés au sein du gouvernement provincial (pour les diplômé.e.s)
  • Réduction de l’endettement étudiant
  • Sensibilisation au marché de l’emploi (pour le secondaire)

Pas plus que ça. On n’avait pas vraiment le choix, alors: on a attendu.

Quelques semaines plus tard les détails ont commencé à faire surface. On a appris l’injection de 4 M$ supplémentaires au programme SEED (GNB), qui déjà nous informe un peu sur ce qui reste pour les autres initiatives, en l’occurrence [25 M$ - 4 M$ =] 21 M$.

Ensuite, ce fut la panne sèche pour quelques mois. Mais lors d’une annonce au campus de Moncton, le 14 juin, on apprenait que toutes les autres initiatives de l’annonce de janvier (sauf les stages rémunérés) sont regroupés dans un même portefeuille de 18,4 M$, lié au projet d’apprentissage expérientiel.

En revanche, il y avait contradiction entre les chiffres présentés par le ministre lors du lancement et ceux mis de l’avant par le comité de travail qui le suivait; encore une fois, nous devions prendre notre mal en patience. (Radio-Canada)

Des chiffres définitifs nous ont été communiqués le 25 juin, plus d’une semaine après l’annonce sur le campus. Pour les amis qui comptaient, ça fait 5 mois après l’annonce de janvier. Le gouvernement ne les a pas encore rendus publics; cela dit, si nous avions été en possession de ces chiffres lors de l’entrevue du 15 juin, tel que prévu, rien ne nous empêchait de les partager. Alors les voici:

  • 500 000$/an pour l’apprentissage chez les jeunes (secondaire);
  • 500 000$/an pour l’apprentissage expérientiel chez les étudiants autochtones;
  • 1,5 M$/an pour les stages dans les domaines non-STGM, ciblés pour les groupes sous-représentés;
  • 1,5 M$/an pour des bourses aux stagiaires non-rémunérés dans les services publics;
  • 1 M$ pour l’apprentissage expérientiel dans les secteurs de l’éducation à la petite enfance et des soins aux aînés;
  • 1,15 M$/an (en moyenne) pour les coûts administratifs (salaires, comités, etc.).

On notera que ces chiffres correspondent à l’enveloppe globale de 18,4 M$ annoncés plus tôt en juin, pour une somme annuelle de 6,15 M$. (GNB)

Maintenant, estimons la valeur du programme de stages rémunérés au sein du gouvernement, notre seule variable inconnue. Des 21 M$ de tout à l’heure, il nous reste [21 M$ - 6,15 M$ =] 14,85 M$ par année.

En clair, des 25 M$ retranchés à l’aide financière en 2015, il n’y a que 1,5 M$ (en bourses aux stagiaires non-rémunérés) qui seront réinvestis à cette même fin. 94% du montant initial a été enlevé aux étudiant.e.s et réinvesti pour « garder nos jeunes ici ».

Évidemment, on souhaite tous les garder dans la province. Là où le bât blesse, c’est que 59% du montant annoncé ira alléger les dépenses salariales du gouvernement provincial; 64% si on ajoute les frais administratifs de l’apprentissage expérientiel. Quasiment 2 dollars sur trois.

Il faut le dire: les postes dans la fonction publique qui seront remplis par les stagiaires rémunérés devraient être remplis de toute façon. La majorité des fonds servira donc à réduire une ligne budgétaire qui existait ailleurs, pour le recrutement et la formation des employés de la fonction publique. On va appeler ça de l’efficience, je parie.

Oui, des étudiant.e.s qui auparavant n’avaient pas l’occasion de compléter une formation en milieu de travail pendant leur programme d’étude auront désormais cette possibilité. En tant qu’ancien étudiant en Histoire, je peux vous dire que la sempiternelle question « quessé tu va faire avec ça? » est aussi difficile à répondre qu’elle l’est à entendre. Une idée de l’application plus concrète de ces connaissances n’est pas une mauvaise chose.

De même pour l’accent placé sur les groupes sous-représentés: rien contre cela. Il demeure que ni l’une ni l’autre ne sont des mesures d’aide financière aux étudiant.e.s. Les fonds seront investis pour placer ces jeunes en milieu de travail, pas pour rémunérer leur stage.

Entre temps, le coût de l’éducation universitaire doit augmenter de façon marquée au cours des 4 prochaines années. Bien qu’elles plafonnent à 2% l’augmentation annuelle, les nouvelles ententes de financement laissent les universités « entreprendre un examen des droits de scolarités [sic] dont les résultats ne seraient mis en oeuvre qu’en 2019-2020 ». (GNB) On sait déjà que cet examen signifie une augmentation globale de 20% à UNB (Brunswickan). Et Moncton n’y échappera pas, même si aucun chiffre n’a encore été mis de l’avant. (FÉÉCUM)

Ça fait cher payé pour remplacer des fonctionnaires, vous ne diriez pas?

Bref, qu’il s’agisse d’usines magiques ou d’investissements flous, les annonces du gouvernement sont toujours à prendre avec un grain de gros sel - plus que jamais à l’approche des élections. On le voit à répétition, même si les projets annoncés en viennent à se réaliser, ces annonces sont régulièrement faites beaucoup trop tôt et - forcément - avec trop peu de détails pour être en mesure de juger de leur valeur. Ou d’y croire.

Et c’est pour ça qu’il faut savoir exercer un brin de retenue, quand ça te démange de crier victoire.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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