Blogue Faute redoublee

Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Ça fait quelques années que des problèmes liés à l’examen d’entrée à la profession infirmière (NCLEX) font les rondes dans les médias. Pour qui l’ignore, il ne suffit pas d’obtenir un diplôme en Science infirmière pour travailler dans le milieu; il faut passer un examen de certification après avoir obtenu ce diplôme. C’est possible d’étudier quatre ans, de faire 1305 heures de stage non-rémunéré en milieu hospitalier (FÉÉCUM), et de dépenser des dizaines de milliers de dollars sans accéder à l’emploi désiré en bout de ligne.

En principe ce serait rare; mais depuis l’adoption du NCLEX en 2015, le risque est devenu beaucoup plus présent. Du moins, pour les francophones.

Disons d’abord que le programme d’études à l’Université de Moncton n’est pas pointé du doigt; c’est bien le NCLEX qui serait la cause du problème, et les universités n’ont aucun pouvoir sur ce dernier. (Radio-Canada) Par ailleurs, les diplômé.e.s francophones d’ailleurs au Canada éprouvent les mêmes difficultés qu’ici (ACUFC), et rapportent les mêmes disparités dans les résultats. (Acadie Nouvelle).

À un point tel que la Commissaire aux langues officielles du N-B, ayant reçu deux plaintes officielles contre l’AIINB, a mené une enquête sur le NCLEX. (CLONB)

Selon le rapport d’enquête, le NCLEX est discriminatoire envers les candidat.e.s francophones. Le problème se situe d’abord au niveau du matériel préparatoire à l’examen. Il n’existe tout simplement pas de comparaison avantageuse, ni dans le nombre ni dans la qualité, entre les ressources disponibles en anglais et en français. De plus, la traduction de l’examen laisserait à désirer car elle n’aurait pas été faite par des traducteurs agréés.

Et ailleurs comme ici, ça incite les étudiant.e.s à se questionner quant à la langue de l’examen - sinon du programme - qu’ils devront compléter pour accéder à l’emploi convoité. (Acadie Nouvelle) Les chiffres du rapport sont très inquiétants sur ce sujet.

Au N-B, le taux de réussite au premier essai à l’examen d’entrée dans la profession est passé de 91% en 2014 à 32% en 2015 chez les diplômé.e.s de l’Université de Moncton.

Il est quand même possible de pratiquer le métier en vertu d’une immatriculation provisoire renouvelable aux six mois pendant une période maximale de deux ans après l’obtention du diplôme, pourvu que la personne ait déjà tenté de réussir le NCLEX et ait fixé un rendez-vous pour sa prochaine tentative.

L’immatriculation provisoire coûte 57,50$ la première fois puis 50$ ensuite; chaque essai au NCLEX coûte 360$ et il est permis de faire un nombre illimité de tentatives pendant cette période de deux ans. (Radio-Canada) Trois dates sont proposées chaque année au N-B, mais il est aussi permis de compléter l’examen à l’extérieur de la province. (AIINB) On devine que le voyage n’est pas couvert.

Alors non seulement ce serait plus difficile, mais souvent plus cher pour les francophones.

La commissaire a donc formulé trois recommandations dans son rapport:
Que l’AIINB prenne des mesures pour que ses exigences d’admission respectent la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick;
Que la traduction du NCLEX (ou tout autre examen) soit faite par des traducteurs agréés;
Que l’AIINB fasse rapport des mesures prises en réponse aux recommandations avant le 4 septembre 2018.

Considérant que la commissaire a présenté son rapport à la mi-mai, et qu’il était clair que « l’examen d’admission à la profession défavorise les francophones » (Acadie Nouvelle) dès le départ, le 4 septembre pouvait paraître assez loin pour enligner ses flûtes à temps pour la rentrée.

L’AIINB est restée silencieuse sur le coup, puis en juin, en juillet, puis en août...

Elle est restée muette tellement longtemps que le gouvernement Gallant a eu le temps de se réveiller et “intervenir” pour protéger les droits des francophones, ça vous dit combien on l’attendait, la réponse de l’AIINB! (Radio-Canada)

Enfin, le 24 août, elle sort de son mutisme... pour annoncer qu’elle poursuit le Commissariat aux langues officielles afin de faire invalider le rapport présenté. (Radio-Canada)

La SANB n’a pas tardé à réagir à la nouvelle, conjointement avec la FÉÉCUM. Rappelons que nos deux organismes sont à l’origine d’une poursuite contre l’AIINB (Radio-Canada), en lien avec les manquement à ses obligations sous la Loi sur les langues officielles. Là aussi, silence.

Ça rappelle les belles années de l’administration Fontaine. C’est drôle pareil, cette attitude de dinosaure à l’ère de la transparence. On voit mal où est le gain sauf au niveau du temps.
M’est avis qu’il serait futile de chercher la réponse plus loin.

La dernière fois qu’une recommandation de la commissaire a été ciblée pour des raisons semblables, la commissaire en est sortie gagnante. (Acadie Nouvelle). On lui a remis un mandat, elle a suivi ce mandat: final, bâton.

Nos deux organismes ont dénoncé avec force l’affront renouvelé que constitue la “réaction” de l’AIINB, soit de remettre en question la légitimité du Commissariat aux langues officielles et, de facto, la valeur des droits des francophones. (SANB)

L’attitude de l’AIINB dans ce dossier laisse supposer que ce ne serait pas la fin du monde, qu’on soit traités en citoyens de seconde classe. Qu’on parle « juste de francophones ».

Juste pour le fun, inversons les statistiques, montrez-moi un 68% d’échec à UNB. Dites-moi qu’on aurait eu droit à la même réaction.

Expliquez-moi pourquoi c’est acceptable, même après avoir suivi une formation accréditée en français, que les chances de réussite à l’examen d’entrée soient meilleures en anglais. On peut parler d’une différence dans la préparation - sans les ressources pour le faire, comment les francophones sont censés se préparer? - mais ça n’enlève rien à l’injustice fondamentale de la situation. Il n’est pas exagéré de parler de discrimination: elle n’est peut-être pas volontaire - osons l’espérer - mais elle relève des pouvoirs de l’AIINB. Et les actions de l’AIINB dans ce dossier sèment le doute pour un nombre de raisons.

D’abord, en persistant avec le NCLEX malgré les fautes connues et dénoncées dès les débuts, l’AIINB a traité ses futurs membres francophones d’une manière qui remet en question l’égalité de leur statut de citoyen dans notre province. Tout au plus a-t-on permis un plus grand nombre d’échecs sans chercher à agir à la source du problème.

Ensuite, par son silence initial sur le rapport de la Commissaire aux langues officielles, l’AIINB a choisi que la meilleure voie n’était pas de s’expliquer, de voir à remédier comme faire se peut à la situation, ou même de défendre ses actions en contredisant le rapport. Il ne fut jamais question de chercher une solution: le mieux était de faire comme si de rien n’était. Nous. Ne. Sommes. Pas. Rien.

La plus haute instance - hormis le Premier ministre; mais n’en disons pas plus - avec le pouvoir d’intervenir en faveur des diplômées francophones victimes des problèmes du NCLEX qui, sans être volontaires ni délibérés, n’en sont pas moins la responsabilité directe de l’AIINB, dit de la situation que:

«l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick a l’obligation légale d’agir en respectant le principe constitutionnel d’égalité qui est inhérent aux droits linguistiques reconnus dans la LLO.»

L’implication était que l’AIINB viole la Loi. On ne jase quand même pas de température, là: comment garder le silence peut sembler une manière sensée de résoudre la situation?

Enfin, en ajoutant l’insulte à l’injure: non seulement il n’y a pas eu de réponse de l’AIINB au rapport en temps utile, mais quand elle sort de son mutisme c’est pour remettre en question le Commissariat aux langues officielles. La chose n’est pas nouvelle, ni originale: ça n’a jamais marché par le passé et tout ce que ça produit comme résultat se résume à souffler sur les braises du sentiment antifrancophone dans notre province.

En pleine campagne électorale. Hmmm.

Qu’en diront, par ailleurs, les membres francophones de l’AIINB? On a quitté des associations pour moins que ça. Mais là, on en est au point où la chance d’avouer la faute est passée depuis belle lurette, et faute redoublée est juste pas pardonnable.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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