Plus divise

Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Oupelaïe.

On a eu droit à toute une soirée électorale, suivie par un long lendemain de veille, le temps que les Libéraux (21 sièges) ou les Progressistes-conservateurs (22 sièges) forment le prochain gouvernement. Les tiers partis détiennent la balance du pouvoir, l’Alliance des gens (AGNB) et le Parti vert ayant remporté 3 sièges chacun. On ne sait toujours pas quelle sorte de formule sera proposée et par quel parti, ni quelles concessions devront être faites pour y parvenir. La seule certitude pour l’instant est que le gouvernement - si gouvernement il y a - sera minoritaire.

Aucun n’a les 25 sièges nécessaires pour assurer une majorité en Chambre. Il s’agit d’une situation qui n’avait pas été vue depuis les années 1920 au N-B et historiquement, ce n’est pas gage de grand succès, ni de longévité. Remarquez, ça fonctionne pour le moment en Colombie-Britannique, et ce depuis deux ans.

Pour l’instant, les chefs des deux principaux partis ne s’entendent pas sur qui est le vainqueur. D’un côté, Blaine Higgs dit avoir remporté l’élection et se considère premier ministre élu; de l’autre, Brian Gallant dit qu’il reste premier ministre (Acadie Nouvelle). Les experts constitutionnels lui donnent par ailleurs raison (Radio-Canada), sans que cela constitue une victoire à proprement dire. Higgs a remporté un siège de plus, mais pas assez de sièges pour remporter l’élection, d’où la contestation.

Gallant a le vote populaire de son côté, mais il lui faut la confiance (une majorité des votes) de l’Assemblée pour demeurer au pouvoir. Or dès qu’il présente son discours du Trône, il suffit du soutien de l’AGNB ou des Verts pour que le PC renverse le gouvernement. Blaine Higgs pourra alors tenter de former un gouvernement à son tour.

Nous avons donc deux candidats au poste de premier ministre;. Le premier ne comprend pas la Constitution; le second ne comprend pas les mathématiques. Ça promet.

Brian Gallant a rencontré la lieutenante-gouverneure le lendemain de l’élection pour lui demander la permission de former le prochain gouvernement. Dans les circonstances, il lui est permis de tenter le coup (Acadie Nouvelle). Higgs l’a rencontrée deux jours plus tard, et s’est dit confiant de pouvoir gouverner sans former de coalition, un vote à la fois (Radio-Canada). Le résultat final semble prévisible; simple question de temps.

Mais qu’à cela ne tienne, Gallant se donne jusqu’à la mi-décembre pour rabouter une assemblée qui puisse le soutenir. La rentrée parlementaire prévue le 27 octobre sera donc repoussée, ce qui est permis dans les circonstances. Logiquement, obtenir le soutien du Parti vert sera le premier item sur sa liste; le chef David Coon a cependant déjà déclaré qu’il refuserait une coalition formelle avec l’un ou l’autre des partis qui se disputent la victoire électorale (Acadie Nouvelle). Ce qui distingue une coalition d’une alliance est la remise de ministères aux membres d’un tiers parti; en situation d’alliance, le vote est en principe acquis, sans plus.

Pas la peine de chercher l’appui ailleurs, puique Gallant a «catégoriquement» rejeté une coalition avec le PC ou L’AGNB (Acadie Nouvelle), comme soudainement éveillé à ses responsabilités de ministre responsable des langues officielles après quatre ans à louvoyer sur les questions de droit linguistique.

Les Verts sont tout aussi fermés au rapprochement avec l’AGNB. Vraiment, il n’y a que le PC qui a laissé cette porte ouverte. Les critiques ont été sévères envers Blaine Higgs, qui s’est voulu rassurant en disant qu’il ne laisserait pas tomber l’Acadie s’il était élu, que « le [PC] appuie et protégera le bilinguisme au Nouveau-Brunswick », et que son ouverture aux autres partis vise uniquement à faire avancer la province (Acadie Nouvelle).

Quant à savoir si les positions de l’AGNB recèlent l’espoir de progrès pour le N-B, je vous laisse poser votre propre jugement.

Au lendemain de l’élection provinciale, un regroupement de personnalités et d’organismes acadiens (dont la FÉÉCUM) ont signé une déclaration disant que « tout parti politique qui s’associerait ou formerait un gouvernement de coalition avec [l’AGNB] poserait un geste inacceptable que la communauté francophone et acadienne du Nouveau-Brunswick n’acceptera aucunement » (Radio-Canada). Le geste est naturel de la part de la communauté; on n’était pas pour se montrer la bedaine non plus, là; y’a un bout à être conciliant.

Demande pas à un bonhomme de neige d’applaudir le printemps.

Et comme si les choses étaient encore trop simples, v’là-ti-pas que le député PC de Shippagan-Lamèque-Miscou et seul francophone du parti, Robert Gauvin, lance un avertissement à son chef. Après avoir passé la dernière partie de la campagne électorale à défendre les intentions de Blaine Higgs envers la minorité francophone, Gauvin a lancé un «ultimatum» à son chef, disant que « la longévité de Blaine Higgs va dépendre de la façon dont il va traiter les Acadiens » (Acadie Nouvelle: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1125972/alliance-gens-nouveau-brunswick-acadie).

Ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh!

Questionné sur la possibilité de quitter le PC pour joindre un autre parti, ou de siéger comme indépendant, Gauvin a écarté les deux possibilités (Radio-Canada). Il est PC et affirme qu’il le restera.

Mais worryez pas: le Lone Francophone est là pour vous protéger!

Sauf que Blaine Higgs a besoin de l’appui de l’AGNB et/ou du Parti vert pour avoir un vote majoritaire. Cela dit, les positions du PC l’éloigne souvent des Verts. Dès que Higgs se met à frayer avec la bande à Kris Austin, Gauvin doit-il retirer son appui? Il est impensable que l’AGNB vire son capot de bord pour appuyer le bilinguisme et la dualité; accepter que le PC s’allie avec l’AGNB sur toute question - même sans toucher aux droits linguistiques - ne fait que donner de la légitimité à un parti fondamentalement anti-francophone.

Well pas contre les francophones, contre les services en français - il s’agit d’un « grand malentendu » selon Austin (Acadie Nouvelle). Je ne suis pas anti-forêt, juste pro-feu.

Le PC est en position de former le gouvernement, mais le moindre faux-pas pourrait signifier de nouvelles élections. Avec la nécessité de courtiser des appuis aux deux bouts du spectre politique, la confiance de l’Assemblée sera plus facile à perdre qu’à maintenir - alors oublions les grands projets. Et si on retourne en élections (ce qu’aucun parti ne souhaite, quand ses coffres sont vides) il est possible que les tiers partis remportent une part encore plus grande du vote populaire pour accélérer le changement, ou que les partis traditionnels les récupèrent pour revenir à la stabilité. Aucune des options ne règle le problème: la première encourage l’instabilité politique, la deuxième élargit le gouffre politique et social.

La représentation proportionnelle, en revanche, offre une piste de solution: peut-être que cette élection saura enfin motiver les partis traditionnels à lorgner de ce côté. Ça ferait un beau projet pour ton discours du Trône, ça, Brian, tant qu’à prendre une swing. Rouge vs Bleu, Nord vs Sud, Anglo vs Franco, Jeunes vs Aînés, Rural vs Urbain: tout ceci sert peut-être les intérêts des partis, mais pas ceux du peuple. Juste pour le fun, jouons le jeu du vote proportionnel:

PC (31,9%): 49 x 0,319 = 15,63, ou 16 / 49 sièges
LIB (37,8%): 49 x 0,378 = 18,52, ou 19 / 49 sièges
AG (12,6%): 49 x 0,126 = 6,17, ou 6 / 49 sièges
PV (11.9%) 49 x 0,119 = 5.83, ou 6 / 49 sièges
NPD (5%): 49 x 0,05 = 2.45, ou 2 / 49 sièges

Notez bien, il s’agit du résultat si le vote sous la proportionnelle avait donné les même résultats que l’élection. Rien n’est moins sûr. Les alliances «naturelles» donneraient un total de 27 sièges pour LIB, PV et NPD, contre 22 pour PC et AG; alors une coalition majoritaire serait une possibilité. Mais avec la proportionnelle, reste encore le potentiel que la division du vote, et des partis, s’accentue - et qui sait quel mess ça donnerait?

Plus divisé que ça, tu te désintègre.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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