Discours retour blogue 2

Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Pour avoir écouté le discours du trône proposé par le gouvernement Higgs, force est d’admettre qu’il a été bien écrit - beaucoup mieux, du moins, que celui proposé par le parti libéral qui avait effectivement toute la verve d’une liste d’épicerie. En revanche, si bien écrit qu’il puisse l’être, il ne nous dit pas grand chose de bien clair sur les intentions réelles du gouvernement.

J’ai pris la peine de relire le discours en entier - joie débordante - et d’y aller section par section, phrase par phrase afin de relever des exemples de cette ambiguïté qui fut ma première impression du discours: en somme, il dit tout pour tout le monde, mais ne dit vraiment rien en même temps, plus souvent qu’autrement.

Mentionnons par ailleurs que les droits linguistiques n’ont été abordés nulle part dans ce discours. Ni en positif, ni en négatif, ce qui a pour effet de laisser la majorité des gens dans le doute en les forçant à interpréter ce qui a été dit à la loupe de la division linguistique. En Chambre, la vaste majorité du discours fut lu en anglais - pas même proche du 70/30. Au moins, la lieutenant-gouverneure a lu ça avec un accent du calvâse.

Encore là: ambigu - était-ce une victoire ou une torture pour Kris Austin? Qui sait...

L’introduction du discours fut lue entièrement (ou presque) en français - sans surprise, beaucoup des phrases relevées sont tirées de cette partie du texte (GNB). Elle se voulait probablement rassurante envers la minorité francophone, mais sa formulation fait qu’elle peut tout aussi bien critiquer la réaction de cette dernière, pour apaiser l’AGNB. En lisant ça, on se sent comme si on essayait d’attraper un cochon graissé. Le sens en est insaisissable.

Donc, voici quelques exemples (il y en a plusieurs autres que j’ai laissés de côté « pour des raisons de logistique ») de ces jolies phrases tout-aller:

«Trop souvent, des voix qui sèment la discorde et prônent le nationalisme nous exhortent à rejeter ce qui nous unit et à vivre dans la méfiance.» (Page 1)

En clair: Veut-on rassurer les francophones qui sentent leurs acquis menacés ou plaire aux francophobes qui souhaitent que ces acquis cessent de bloquer “le progrès” de la province. Oui au deux. D’ailleurs, à quel nationalisme anglophone ferait-on référence, sinon le nationalisme américain? L’Acadie compte deux grandes sociétés nationales (SANB et SNA), rappelons-le, dont le discours ou les activités peuvent en irriter plusieurs.

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«Les gens ont choisi d’élire une Assemblée législative dont la composition nous oblige à accepter les désagréments que cause la diversité d’opinions et à saisir les occasions de dégager des compromis créatifs.» (Page 1)

En clair: Vu la diversité de l’Assemblée, mais l’homogénéité du côté du pouvoir (et la présence de certaines opinions extrêmes), comprenez que ceci n’a rien de bien rassurant pour la minorité francophone. Tout particulièrement quand le gouvernement Higgs donne la parole au chef de l’AGNB dès sa première conférence de presse, et que ce dernier déclare que « les obligations linguistiques inutiles » ne devraient jamais primer sur les compétences (Acadie Nouvelle). Ahurissant, quand on songe que LE BILINGUISME EST UNE COMPÉTENCE!!!

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« [...] deux grandes cultures, francophone et anglophone, ont cohabité dans un quotidien toujours orienté vers la collaboration.» (Page 2)

En clair: La définition de collaborer varie selon la position de chacun, particulièrement du point de vue linguistique. Pour certains, une minorité qui accepte l’assimilation fait preuve de collaboration. Googlez « Brexit », s’il faut vous en convaincre.

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«les parlementaires du côté de l’opposition doivent être réceptifs aux idées proposées avant de soulever des imprécisions ou de souligner des aspects à améliorer.» (Page 3)

En clair: Worry pas Kris, on va te laisser parler. On pourrait même te défendre. On s’entend qu’il n’est pas questions de points et de virgules, ici: les querelles partisanes et les divergences d’opinions ne sont pas une invention récente non plus.

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«Afin de faire des compromis honorables, il importe de se mettre au défi d’envisager de nouvelles perspectives et de s’incliner devant les faits, ainsi que de demander aux partisans d’en faire autant.» (Page 3)

En clair: Dans les faits, les francophones forment moins d’un tiers de la population, qui vieillit plus rapidement que la majorité anglophone. Dans les faits, la Constitution protègent les droits de la minorité francophone en obligeant le gouvernement à assurer leur défense et leur promotion, aussi. La mention de « partisans » peut aussi bien se référer à ceux de l’AGNB qu’à ceux des Libéraux ou des Verts - alors on n’est pas beaucoup plus avancés quant à snarer notre cochon.

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«[L’] espoir ne naîtra pas de belles promesses ni d’une pureté idéologique. Le rétablissement de la confiance en un gouvernement passe avant tout par les résultats qu’il fournit.» (Page 4)

En clair: Comme le gouvernement est celui qui établit les cibles et mesure les résultats, ça peut vouloir dire à peu près n’importe quoi. Je suis allé voir la version anglaise pour plus de clarté, sans en trouver (Radio-Canada).

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«Nous demanderons à la population de différencier les besoins des désirs. Nous nous donnerons comme défi de veiller à ce que tout service gouvernemental dont le gouvernement assure la prestation soit fourni dans le respect des normes les plus élevées.» (Page 5)

En clair: Tout dépendant de la position, ce qu’une personne interprète comme un besoin peut aisément être interprété comme un désir par une autre. Surtout quand il s’agit d’obligations linguistiques. L’autre affaire est que les «normes les plus élevées» semblent se limiter aux services que le gouvernement assure directement - ce qui exclut les services ambulanciers, les soins extra-muraux, ou tout autre service qui se verrait privatisé.

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«Il nous faut des services publics au sein desquels les résultats sont privilégiés plus que le simple respect des règles.» (Page 5)

En clair: De quelles règles parle-t-il au juste? À défaut d’abolir le commissariat aux langues officielles - comme le souhaitent les membres de l’AGNB et au moins deux ministres du PC - on pourrait ici se donner le moyen d’ignorer ses recommandations au nom des “résultats”. Espère-t-on que le commissaire aux langues officielles saura se taire (Radio-Canada)?

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«Les gens n’accepteront pas que l’idéologie ou la politique fasse obstacle à des solutions inspirées par le bon sens. Des décisions logiques, qui permettent de protéger la vie et de respecter les droits constitutionnels, c’est ce que mérite la population du Nouveau-Brunswick.» (Page 8)

En clair: En anglais, «bon sens» et «décisions logiques» deviennent «common sense decisions»: et ça on sait tous à quoi et à qui ça fait allusion. Dire que les «droits constitutionnels» seront respectés n’écarte pas la possibilité de - looooooongues - batailles juridiques sur les mesures adoptées. Par ailleurs, la réaction à la solution apportée à la crise d’Ambulance N-B illustre exactement cette problématique (Radio-Canada).Quand aux « gens », rappelons pour la forme que 87,4 % d’entre eux n’ont pas voté our l’AGNB, que plus de la moitié n’ont voté ni pour l’AGNB, ni pour le PC (Radio-Canada), et qu’un tiers de la population éligible n’a pas voté du tout (Acadie Nouvelle).

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Il serait de mauvaise foi de conclure cet examen sans mentionner que le discours du trône contient quand même des éléments positifs, et qui semblent montrer une réflexion posée et un bon potentiel de succès. Les modification proposées en termes de gouvernance pour les travaux de l’Assemblée législative, tout particulièrement, méritent d’être salués, mais aussi la place faite - j’avoue ma surprise - à l’environnement ainsi qu’aux relations avec les Premières nations. Bref, il y a du bon là-dedans, pour autant que tous s’entendent pour faire avancer les dossiers dans un sens qui respecte entièrement l’esprit des propositions mises de l’avant.

Reste que, dans le présent contexte de tension linguistique (n’en déplaise à Robert Gauvin), et sachant les modalités du maintien de Blaine Higgs au poste de premier ministre, le discours du Trône, sans doute en cherchant à ne s'aliéner personne, contient encore trop d’ambiguïtés pour que l’on puisse se dire rassurés. Sans évidemment se sentir attaqués, il serait bon de l’ajouter.

La réponse au discours du Trône présentée par le député de Kent-Nord, ancien président de la SANB et ex-FÉÉCUMien, Kevin Arseneau, a demandé des réponses claires quant à ce que signifie le « common sense » de M. Austin. Citant le ministre de la propagande du 3e Reich allemand - vous avez bien lu - il a dit pour l’essentiel que si on répète assez fort et assez longtemps qu’un carré est un cercle, les gens finiront par le croire sans questionner (@20:07 YouTube).

Clairement, il ne cherchait pas à se faire des amis avec cette remarque. Il a beau se défendre de n’avoir pas fait de comparaison directe entre l’AGNB et le parti Nazi, mais le simple fait d’évoquer les deux dans un même discours le place en terrain glissant.

Mais ce terrain est glissant pour une raison, aussi - il ne faut pas l’oublier, ni l’ignorer.

Kris Austin a réagi en attribuant la référence aux « idées radicales » de Arseneau (CBC), sans exclure la possibilité d’exiger des excuses en Chambre. Arseneau et sa famille auraient aussi reçu des menaces. Décevant, certes; surprenant?

Il pourrait mal en être autrement, car tout le monde se sentira validé dans sa haine tant qu’on aura un gouvernement qui s’entête à discourir en non-dits.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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