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Texte : Raymond Blanchard, agent de recherche et projets | Photo : Marc-Samuel Larocque, Agent de communication

Tout indique que le premier budget du gouvernement Higgs sera présenté le 19 mars prochain (Acadie Nouvelle), tranchant du coup avec les fiscalisations prématurées du gouvernement Gallant qui nous avaient habitués à un budget au début février.

Il faut dire que Higgs et compagnie ne sont en poste que depuis novembre 2018, après un mois et demie d’incertitude quant au résultat des élections (Radio-Canada). Le délai supplémentaire pourrait s’expliquer par cette raison. Une autre raison, plus plausible, serait le retour à une manière plus traditionnelle de faire les choses. Le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward - où Higgs occupait le rôle de ministre de Finances - avait pour habitude de déposer ses budgets en mars.

La hausse s’en vient

Espérons que ce budget nous en dira plus long sur l’éducation postsecondaire que le discours du Trône. Ce dernier a pour ainsi dire entièrement évité la question (GNB), sauf pour effleurer l’idée de remplacer les programmes de gratuité scolaire pour les étudiants de famille à faible revenu (GNB) et d’allègement des droits de scolarité pour la classe moyenne (GNB) par des - poin poin - crédits d’impôt.

Et ça, ceux qui me lisent savent bien ce que j’en pense (FÉÉCUM). Pour ceux qui ne me lisent pas (sans rancune), je vous le résume en emoji:

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On ne sait toujours pas quel sort sera réservé aux ententes de financement qu’ont signées 3 des 4 universités publiques de la province. Cette entente permet notamment l’examen des droits de scolarité pour la prochaine rentrée. En gros, l’examen est une exception - optionnelle - au plafond de 2% sur les hausses (GNB).

Il ne faut pas s’y méprendre: le terme “examen” est un euphémisme pour “ajustement”. Et “ajustement” est à son tour un euphémisme pour “hausse”. Et par hausse, je veux dire toute une hausse. C’est une claque transitive qui s’en vient pour la population étudiante, quoi.

Le succès de toute l’affaire repose sur la conviction, du côté des décideurs, que personne ne s’en souviendra dans 4 ou 5 ans. Que personne ne descendra dans la rue ou ne demandera de compte à rendre à qui que ce soit. Je déteste le dire, mais les chances sont de leur côté.

Car, optionnelle ou pas, UNB a clairement annoncé son intention d’imposer une hausse globale de 20%, tout en adoptant un modèle de frais différenciés (FÉÉCUM). En ce qui concerne Mount Allison, on a moins d’information, mais le cadre est essentiellement le même. Évidemment, comme il s’agit d’une université d’arts libéraux, le coûts des programmes ne varie pas tant qu’à UNB alors l’option des frais différenciés aussi peut sembler moins probable.

On ne peut pas dire la même chose de Moncton, en revanche, ou les programmes spécialisés font que le coût de livraison varie aussi beaucoup.

Un processus d’ajustement semblable, ça s’est vu en Nouvelle-Écosse il n’y a pas si longtemps. Même si l’ampleur a varié d’une institution à l’autre, le résultat net a été une hausse de 20% en moyenne dans la province (CFS).

Pire encore; dès l’année suivante, ça repart à la hausse. Mais, comme 2% de 7000$ c’est plus que 2% de 6000$, l’impact est multiplié. Alouette!

Mais bref, qu’est-ce que ça pourrait vouloir dire pour nous?

En toute honnêteté, je doute que la hausse soit aussi élevée à Moncton qu’elle ne le sera à UNB, en raison de l’attitude traditionnellement adoptée par notre institution. Malgré tout, les principes budgétaires font encore une fois mention de «frais compétitifs» pour 2019-2020 (UMoncton).

C’est un langage aussi inoffensif que dangereux. Parce que la compétitivité peut se mesurer d’après plusieurs indicateurs. 

L’Université de Moncton, bien malgré tout le prestige qu’elle s’octroie, continue d’être une université dont la survie dépend de son accessibilité. Que cette accessibilité dépende de la proximité, du coût, ou du plan de carrière, il s’agit d’un facteur important dans la décision de s’y inscrire.

Dès que ce coût n’agit plus comme incitatif pour l’étudiant (et surtout, ses parents), qu’est-ce qui l’arrête d’aller voir ailleurs?

Si le gouvernement maintient les programmes d’aide financières pour les étudiant.e.s de familles à faible revenu et à revenu moyen, Moncton a peut-être une chance même en augmentant ses coûts de manière marquée. On sait que ça doit au moins faire partie de la réflexion à Taillon (FÉÉCUM). S’exiler pour étudier ailleurs, ce serait alors renoncer à une aide financière qui a le potentiel de réduire massivement ou d’éliminer la dette étudiante après les études. Plusieurs resteront.

Et puis il faut parler du recrutement à l’international: s’il y a de moins en moins de jeunes francophones au N-B, on compte une proportion toujours plus grande d’étudiant.e.s venus de l’extérieur du Canada à l’Université de Moncton.

Encore là, une augmentation massive des droits de scolarité pourrait bien changer des esprits. Taillon se sera peut-être enhardie de la réponse à la dernière hausse marquée des droits de scolarité pour les étudiant.e.s internationaux (1000$ d’un coup, en 2013). À leur crédit, ces étudiants avaient fait entendre clairement leur mécontentement; sauf que Taillon a barré les portes, bouché ses oreilles et a maintenu le cap (Acadie Nouvelle). Si la croissance des inscriptions internationales a plus ou moins cessé, pour l’essentiel la situation reste stable, démontrant même des signes de reprise éventuelle (UMoncton). Une nouvelle hausse marquée des droits de scolarité pourrait-elle tuer dans l’oeuf une nouvelle lancée?

La compétitivité de l’Université de Moncton doit aussi dépendre de la qualité de ses programmes, pas seulement du coût de la scolarité. Malgré tout, on ne nous parle pas vraiment de plan d’avenir (parce que UMoncton 2020, sérieusement…), mais surtout de la nécessité de combler un déficit quand il est question d’augmenter le coût de la scolarité.

Est-ce que l’Université de Moncton nous prépare un coup d’éclat? Va-t-on dévoiler au dépôt du prochain budget un grand plan de développement de l’institution qui saura lui insuffler l’énergie de renouveler son engagement et cimenter son rôle comme première institution de l’Acadie? La verra-t-on s’engager sur la voie du progrès pour donner à notre société l’impulsion nécessaire à la mise en place de nouveaux chantiers sociaux?

Rien n’est moins sûr.

À vrai dire, si vous voulez du sûr, en voici: la hausse s’en vient.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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