Plus on est de fous et plus on paie 3

Texte : Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Photo : Marc-Samuel Larocque, agent de communication

Bon, disons qu’après le dépôt du budget provincial on peut se donner raison d’entrevoir l’avenir en termes pessimistes. Pour l’instant énormément de questions restent en suspens au niveau des mesures anoncées (GNB), et nous ne sommes pas les seuls à se les poser.

Mais en gros:
  • 2,2% de réduction (-5,7 M$) dans les subventions aux universités (on suppose dans les subventions liées aux initiatives, parce que l’entente sera maintenue au niveau de la subvention de fonctionnement);
  • Le retour du crédit d’impôt pour les nouveaux diplômés à compter de 2020;
  • Un programme de bourses révisé pour inclure les étudiant.e.s des institutions privées
Il faudra certainement revenir là-dessus et sur ce que ça pourrait vouloir dire plus concrètement mais ça devra attendre le dépôt des crédits budgétaires et de toute façon, on a d’autres chats à flatter pour aujourd’hui.

Donc, après avoir parlé d’augmentation des droits de scolarité, puis de prévisions budgétaires, on en vient enfin à notre but ultime, qui est de voir comment la croissance prévue des inscriptions affecterait les futur.e.s étudiant.e.s de l’Université de Moncton.

Les deux dernières années ont marqué un revirement de tendance dans les nouvelles inscriptions à l’Université de Moncton. Rappelons par contre que pour chaque cohorte qui entre, il y en a une autre qui sort. Ça signifie que malgré des gains dans les nouvelles inscriptions, le nombre total d’inscriptions peut quand même chuter.

Et c’est exactement ce qui se produit présentement, comme en témoignent les données d’inscription compilées par l’Université de Moncton:

Capture décran le 2019 03 27 à 16.02.16

Ce qu’il y a de plus encourageant malgré une diminution globale des inscriptions, c’est qu’au chapitre des étudiant.e.s à temps complet (qui influencent les revenus de l’Université - tant les droits de scolarité que les subventions - le plus fortement) l’augmentation est bel et bien réelle et on peut croire/espérer une remontée. Evidemment, après deux années de croissance, les inscriptions à temps complet marquent tout de même une diminution quand on compare au début de la période.

En clair: si on établit nos prévisions en fonction de tendances observées sur deux ans, l’avenir semble prometteur; sur cinq ans, un peu moins.

On va donc produire un estimé optimiste, et un estimé pessimiste. Le pessimiste appliquera la tendance 2015-2018 (-16.5, arrondi à -17 /année CAN / -26.5, arrondi à -27/année INT); et l’optimiste poursuivra la tendance 2017-2018 (+ 63/année CAN / +3.5 arrondi à 4/année INT) dans les inscriptions à temps complet.

En moyenne entre 2014 et 2018 (i.e. pessimiste), les inscriptions à temps partiel ont compté pour 14,89% des inscriptions totales, et au cours des deux dernières années (i.e. optimiste), cette proportion s’établit en moyenne à 13,69%. Ce seront les proportion appliquées dans la colonne en gris pour estimer le total global incluant les inscriptions à temps partiel:

Capture décran le 2019 03 27 à 16.02.27
Dans le but de faciliter nos calculs pour l’estimation du revenu de scolarité “nécessaire” (j’appuie, encore une fois, les guillemets) en 2022-2023 à l’Université de Moncton - pour atteindre les cibles développées dans les estimés du texte précédent (FÉÉCUM) - on va séparer les données en inscriptions à temps complet et à temps partiel.

Pour les inscriptions à temps partiel, les données fournies par l’Université de Moncton nous permettent d’estimer la proportion d’étudiant.e.s canadien.ne.s à 93,34% et la proportion d’étudiant.e.s de l’international à 6,34% entre 2014 et 2018. Si on se concentre sur les deux dernières années au tableau ces proportions deviennent 94,24% et 5,29%. Ces proportions seront appliquées au total global de chaque scénario. Dans les deux cas, la différence est attribuable aux inscriptions non catégorisées:

Capture décran le 2019 03 27 à 16.02.36

À partir de ce tableau, on peut faire notre calcul final, qui consiste à diviser le revenu tiré des droits de scolarité projeté en 2022-2023 suivant un scénario réaliste (122,6 M$), idéal (124,6M$) et optimiste (130,2 M$) par le nombre d’inscriptions à temps complet et à temps partiel. Pour garder des paramètres comparables, divisons par 9 (soit le nombre minimal de crédits pour être inscrit à temps complet) les droits de scolarité projetés dans le premier texte de cette série pour estimer le revenu de scolarité à temps partiel. (FÉÉCUM)


Donc, en 2022-2023, voici un aperçu de la facture:

  • Étudiant.e.s canadien.ne.s
    • Temps complet: 6626$
    • Temps partiel: 736$
  • Étudiant.e.s internationaux.ales
    • Temps complet: 12 143$
    • Temps partiel: 1349$
Courage, on achève!

Pour transformer ceci en revenus, multiplions par le nombre d’inscriptions, en fonction des deux scénarios explorés plus haut:
Capture décran le 2019 03 27 à 16.02.44

Alors voilà: si la croissance des inscriptions se poursuit suivant la tendance des cinq dernières années, les revenus tirés des droits de scolarité seraient encore


6,1% en-dessous de la cible visée en 2022-2023. Si jamais la croissance récente se poursuit à long terme, la cible serait tout de même ratée par 1,5%.


Pas pour décourager personne, mais on calculait plus tôt que les droits de scolarité pourraient augmenter de 13% sur les quatre prochaines années... et voilà qu’on rajoute 1,5% à 6,1% de plus? Évidemment, je ne suis pas un économiste, mais même les pires statistiques peuvent dévoiler de vraies tendances.


Tout ça, c’est encore sans parler du manque à gagner qui reste bien présent, et qui compliquerait d’autant plus les choses si l’Université décidait de s’y attaquer.


Je le rappelle: ceci serait vrai même en situation de croissance des inscriptions. Alors quelle est la solution, si la croissance des inscriptions ne suffit pas? Le temps serait-il venu de voir comment réduire la taille de l’institution pour assurer sa viabilité à long terme?


Sans ça, il semble que j’ai tristement bien choisi le titre de cette série:


Plus on est de fous, et plus on paie.


Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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