Comme un chien

 

Texte : Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Photo : Marc-Samuel Larocque, agent de communication


Le texte précédent parlait de l’empressement du gouvernement Higgs à couper dans l’aide financière aux étudiant.e.s, spécifiquement les programmes de bourses ciblées mis en place par le gouvernement libéral précédent. Son but n’était un secret pour personne: il comptait rétablir des crédits d’impôt. Difficile à faire sans apporter des changements importants dans l’aide financière aux étudiant.e.s. 

Ces changements, pour la plupart annoncés le 9 avril dernier (GNB) lors du dépôt des crédits budgétaires du Ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail (MEFT), les voici:

  1. Le DSG et le PADSCM sont combinés en un nouveau programme nommé la Bourse renouvelée pour les frais de scolarité (BRFS);
  2. Les étudiant.e.s des établissements privés agréés ont désormais accès au programme;
  3. La limite d’aide financière disponible est réduite de 10 000$ à 3000$;
  4. Le programme de Prestation pour l’achèvement des études dans le délai prévu (PAÉDP) est aboli au 31 mars 2019 (un sursis a depuis été accordé aux diplômées du printemps 2019, qui seront les derniers à y avoir droit);
  5. Le crédit d’impôt sur les droits de scolarité sera de retour en 2020.

Malgré le changement de nom, les critères de la BRFS restent les mêmes que pour ses prédécesseurs, sauf pour l’inclusion des étudiant.e.s du secteur privé. Cela dit, aucun nouvel investissement n’est prévu, malgré l’ajout estimé de 1700 étudiant.e.s. Le MEFT dénombrait 47 collèges privés, pour un total de 3215 inscriptions, dans son dernier rapport annuel (GNB). La liste du Gouvernement fédéral, pour sa part, comptait 49 établissements privés agréés en date du 23 avril 2019. (Canada) Dans une sortie publique contre son exclusion du DSG, en 2016, l’Association des collèges et universités privés du N-B (ACUPNB) disait représenter 50 collèges, 5 universités et « plus de 4500 étudiants ». (Radio-Canada) Environ 38% des inscriptions au privé pourraient donc bénéficier de la BRFS.

Bref, le ministre a beau dire qu’il n’y a pas eu de coupures, plus t’ajoute de pain à beurrer et moins chacun aura de beurre à mettre sur sa tranche. Les bénéfices diminuent pour tout le monde.

Il faut noter que la partie fédérale de la BRFS était déjà accessible aux étudiant.e.s du secteur privé (FÉÉCUM). La Bourse canadienne pour les étudiants à temps plein (BCE) accorde 3000$ en aide financière aux étudiant.e.s de familles au revenu inférieur à 45 700$, et 1200$ si ce revenu est supérieur à 45 700$ mais inférieur à 87500$. (HESA) Le gouvernement a dévoilé les échelles appliquées à la BRFS, mais je ne suis vraiment pas sûr de ce que ça pourrait donner comme montant. (GNB)

La seule chose qui soit sûre, c’est que si jamais un crédit d’impôt sur la scolarité peut être efficace, ce serait dans ce cas précis - en s’appliquant sur les droits de scolarité versés aux établissements privés. Ceci aurait pu s’accomplir en maintenant le DSG et le PADSCM, du moins en principe.

Reste qu’à la base, des fonds publics seront remis aux universités et collèges privés. Pas directement, non: la chose serait impensable. Mais, je vous le demande: le fait que l’argent fasse un détour par les poches des étudiants change-t-il grand chose, vraiment?

Pour cette raison, l’ABPPUM critique la décision du gouvernement Higgs, dénoncée comme « une initiative électoraliste » et « un financement indirect des institutions privées ». (Radio-Canada)

De fait, le gouvernement provincial appuiera financièrement un secteur:

  • sur lequel il n’exerce aucun contrôle quant aux programmes ou au coût de la scolarité (GNB);
  • où la seule protection assurée aux étudiant.e.s s’applique en cas de faillite d’un établissement - et encore, à partir d’un fonds financé par ces étudiant.e.s (GNB);
  • qui compte des établissements confessionnels (au moins 8 dans la liste du gouvernement fédéral) libres d’employer des pratiques discriminatoires (CBC);
  • qui a le potentiel de miner les inscriptions des collèges et universités publiques, et donc rendre encore plus complexe la gestion du sous-financement;
  • presque entièrement basé dans le sud de la province et largement anglophone, ce qui est un désavantage de plus pour les étudiant.e.s des campus du Nord qui ressentiront déjà plus durement l’élimination de la gratuité (Radio-Canada).
Voyez plutôt (chaque point indique un campus dans une région, pas une adresse exacte):

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Collèges et universités privés au N-B (source: Gouvernement du Canada et Gouvernement du N-B)

C’est indirectement subventionner un secteur, surtout, qui a accueilli la nouvelle du BRFS avec les mots suivants: «la tuition était toujours plus haute que les écoles publiques; ça ne va pas changer.» (Radio-Canada) Tout ce qu’il y a de plus rassurant.

Oh oui, c’est vrai! Le MEFT nous a aussi avisés par courriel que les bourses pour les stages non-rémunérés ont été coupées à partir du 1er avril. Par courriel. Ouais. C’est donc fini la bourse de 1500$ pour les stages de fin de programme en science infirmière, éducation, nutrition, travail social, ainsi que gestion du loisir, sport et tourisme.

En bout de ligne, qu’on regarde l’impact des premières décisions du gouvernement Higgs en ce qui touche à l’aide financière aux étudiant.e.s, celles qui affectent directement le financement des établissements d’enseignement, ou encore son traitement des stagiaires dans les domaines en pénurie de main-d’oeuvre, on voit un gouvernement qui semble avoir de la difficulté à calculer plus que des économies réalisables dans l’immédiat, et qui frappe dans le tas sans grande considération pour l’impact à long terme de ses actions.

Comme un chien dans un jeu de quilles.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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