Murs oreille

Texte : Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Photo : Marc-Samuel Larocque, agent de communication

*SOU-PIR*

Comme celles et ceux qui ne peuvent résister à la tentation morbide de lire la section commentaire des articles de CBC News sur le bilinguisme, je succombe régulièrement à l’appel de la période des questions à l’Assemblée législative.

Soyons clairs qu’il n’y a pas grand chose qui se décide là: c’est d’abord la chance pour les élus d’établir leur position et de renforcer le message (ce qui se limite souvent à le répéter). L’exercice se veut d’abord et avant tout théâtral, disons-le; ça swing du panache.

La beauté (tragique) des communications à l’ère de la post-vérité, c’est qu’on n’est pas obligé d’avoir raison tant qu’on répète; du moment où on réussit à semer l’ombre d’un doute sur les faits, la stratégie fonctionne. Que ce soit vrai ou non importe peu, tant que ça colle dans les esprits.

Tout ça pour dire que le ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail (MEFT), Trevor Holder, nous a rejoué son disque, comme si ça ajoutait du sens. (FÉÉCUM).

Précisons que la Fédération des associations de professeures et professeurs d’université du N-B (FAPPUNB) a récemment critiqué les coupures dans l’aide financière aux étudiant.e.s dans une lettre ouverte au premier ministre. On y reproche au gouvernement son « mépris de toutes les preuves de l’efficacité de ces programmes pour élargir l’accès à l’éducation postsecondaire et des conséquences dévastatrices des changements sur les étudiants marginalisés et les plus vulnérables de notre province. » Piqué au vif, le ministre Holder répliqua ceci:

«Mr. Speaker, here we go again. The opposition is continuing down this road of fearmongering. The fact of the matter, Mr. Speaker, is that we met with the faculty association and with student union groups across this province and they all said that they wanted to leave the up-front bursary money in place. That is exactly what we did, unlike those guys over there, and hundreds and hundreds more are now able to access that bursary program, Mr. Speaker. This fearmongering, as I said the last time that we were in the House, has to stop. We made it more accessible to a lot more New Brunswickers than was previously the case.»

Est-ce que le ministre Holder ment? Non. Le même argent est resté à la même place.

Cela dit, est-ce que sa réponse reflète toute la vérité? Non plus.

Des rencontres ont eu lieu, mais n’appelons pas ça une consultation. Il dit bien « met with », et son choix de mots n’est pas gratuit. La FÉÉCUM lui a recommandé sans ambiguïté de laisser les programmes tel quel, en appuyant sur l’importance de l’accessibilité. Nous avons aussi saisi l’occasion de faire comprendre au ministre pourquoi les crédits d’impôt sont inefficaces si le but est d’améliorer l’accessibilité. À notre surprise, il sembla réceptif.

On nous assura même que les programmes ne seraient pas touchés.

Et, si les fonds n’ont pas été touchés, les critères d’admissibilité ont été revus pour inclure les étudiant.e.s des établissements privés et pour limiter la partie provinciale de la bourse. Le gouvernement a aussi rebaptisé le programme pour refléter ces changements, désormais nommé Bourse renouvelée pour les frais de scolarité (BRFS).

Le problème avec la « retenue » dont le gouvernement a fait preuve, c’est que ces ajouts ont été faits sans investissements additionnels. Ils diminuent l’accessibilité fondée sur le besoin financier tout en augmentant le nombre de bénéficiaires, et le Nord écope lourdement.

Quand le leader du caucus libéral rétorqua que ce ne sont pas les libéraux, mais bien les professeur.e.s d’université de la province qui étaient à l’origine des critiques susmentionnées, Holder l’attendait avec une brique pis un fanal:

« I have a question for the Leader of the Opposition. When he was in power, why did he think that it was acceptable that someone who was going to Oulton College, studying to be a paramedic, and who was a low-income New Brunswick student did not have access to that funding? Why did he think that it was acceptable, Mr. Speaker, that somebody, a low-income New Brunswicker, who was studying to be a teacher at Crandall University in Moncton could not have access to that funding? I would like to know. Why did the members opposite think that it was acceptable to leave all those New Brunswick students behind? »

Sans aborder la problématique de l’usage flagrant du « whataboutism », notons que chacun des exemples cités par M. Holder met en scène un.e étudiant.e qui aurait eu accès à une éducation gratuite dans le système public. Il est vrai qu’un bémol s’impose: l’étudiant en soins paramédicaux aurait dû s’inscrire au CCNB (CCNB), et donc être bilingue. Le cours ne se donne pas en anglais au NBCC; logique, puisque les soins paramédicaux doivent être offerts dans les deux langues officielles (Ambulance NB). Les collèges communautaires relèvent du gouvernement, après tout.

Évidemment, maintenant que la Cour du Banc de la Reine a invalidé l’arrêt McEvoy, qui remettait en question les exigences de bilinguisme chez Ambulance NB (Radio-Canada), il serait tout à l’avantage de quiconque se destine à cette profession de voir à ajouter à son plan de carrière l’objectif de devenir bilingue, si ce n’est déjà fait.

Et, heureux hasard, le CCNB offre aussi des cours de français langue seconde. Rappelons ici que la position du gouvernement Higgs a toujours été que l’embauche de travailleurs paramédicaux unilingues anglophones ne serait permise qu’en ajoutant l’exigence de d’apprendre le français à l’intérieur d’un délai de deux ans (Radio-Canada). C’est le même délai que Higgs s’était imposé lui-même, en octobre 2016, faut-il le rappeler. (Acadie Nouvelle)

Parlons aussi du second exemple du ministre Holder. Le choix d’aller étudier à Crandall pour devenir prof, à 10 680$ par année (Crandall) plutôt qu’à Moncton (5947$ en 2018-2019) ou à Fredericton (6758$ en 2018-2019), semble improbable pour une personne à faible revenu. Songeons qu’elle aurait l’option d’étudier gratuitement dans le système public, dans son exemple: sa logique m’échappe.

Du même coup, et n’en déplaise à Kris Austin qui semble remonter aux barricades contre le bilinguisme depuis sa chute dans les sondages (Acadie Nouvelle), la situation fournit l’opportunité de s’attaquer à un autre problème urgent, soit celui du manque de travailleurs bilingues dans deux domaines en pénurie.

D’ailleurs - hasard, quand tu nous tiens! - on apprend le lendemain de cette nouvelle sur l’arrêt McEvoy que le processus de sélection du commissaire aux langues officielles est annulé puis relancé par le gouvernement Higgs (Acadie Nouvelle). Higgs a dit qu’il manquait de candidatures, en citant de mauvais chiffres (Radio-Canada) mais il veut aussi ajouter au mandat du commissariat la tâche de déterminer les raisons du faible taux de bilinguisme chez les enfants anglophones. Sans être expert, je dirais que si notre premier ministre valorisait le bilinguisme au point de remplir sa promesse d’apprendre le français, sans régler le problème, ça ferait déjà une différence.

Tout ça pour dire qu’il en sort des vertes et des pas mûres à la période de questions. Si jamais ça vous intéresse, on peut s’inscrire au service en envoyant une demande par courriel au bureau du Hansard (GNB). C’est un peu comme si on était cachés dans les murs de l’édifice, pour y faire nos écornifleux en toute impunité.

Mais je vous avertis: ce n’est pas parce que les murs ont des oreilles que les Cabinets ont plus de tête.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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