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Texte : Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Photo : Marc-Samuel Larocque, agent de communication

La commissaire de l’Université de Moncton, Johanne Savoie, a déposé son premier rapport annuel auprès du Conseil des gouverneurs (CGV) le 8 juin dernier. Ce dépôt est agrémenté d’un changement de nom, le commissariat étant renommé « bureau de l’ombud » en date du 22 juillet. (UMoncton) Le changement a été recommandé par la principale intéressée, selon qui « commissaire » et « commissariat » peuvent porter à confusion, particulièrement chez les étudiant.e.s internationaux (i.e. commissariat de police).

Le terme « ombud » m’agace à la dernière extrémité - le man de ombudsman se référant à une personne et non spécifiquement à un homme dans son dialecte d’origine, le suédois (FÉÉCUM) - mais il faut reconnaîre qu’il est moins rébarbatif que celui de commissaire. Il reflète aussi bien mieux la nature de son travail, qui est celui d’ombudsman.

Aberration linguistique ou pas, si ce nom la rend plus approchable aux yeux de la communauté universitaire, et particulièrement des étudiant.e.s internationaux, tant mieux.

Ajoutons simplement qu’il y a une bonne raison pourquoi la FÉÉCUM a toujours réclamé la création d’un poste d’ombudsman et rien d’autre. Dans les faits, et peu importe comment l’Université choisit de nommer son poste, c’est le rôle tenu par celle qui l’occupe. Et très bien. Elle est par ailleurs nouvellement membre de l’Association des ombudsmans des universités et des collèges du Canada (AOUCC).

Bref, le Conseil des gouverneurs (CGV) a reçu son premier rapport (UMoncton). On a aisément pu manquer la chose puisque l’Université adoptait son budget le même jour. Compte tenu de la hausse de 8% des droits de scolarité qui marque ce budget, qui fut exceptionnellement adopté en juin, on s’explique le peu d’attention accordé au rapport à l’époque. (Radio-Canada).

Nous l’avons évidemment lu avec intérêt; même si l’ombud ne possède au final qu’un pouvoir de recommandation, son travail l’amène à assurer un suivi annuel des actions entreprises (ou non) en lien avec ces recommandations. Comme il s’agit d’un premier rapport, aucun suivi possible cette année; 2020 nous donnera la vraie mesure du poste. L’impact de son bureau sur la communauté universitaire et sur l’institution, de manière globale, sera révélée à travers les mesures qui s’imposent et la diligence à les implanter. Malgré tout, j’ai l’impression que cet impact se fait déjà sentir.

C’est donc en juin prochain que ça deviendra soit très intéressant ou très déprimant pour l’avenir de notre institution. N’importe qui ayant déjà fait une résolution du nouvel an pour se motiver à changer sait de quoi je parle.

Sachant à quelle vitesse les chosent changent sur notre campus (la mélasse hivernale en perdrait patience), il serait sage de ménager nos attentes; ce sera un petit peu mieux un peu à la fois, pas drastiquement différent de manière subite - si ça s’améliore.

Ceci dit, la première recommandation du rapport - changer le nom du service - a déjà été mise en application par l’Université. Évidemment, rien de sismique comme changement, mais au minimum une preuve de bonne volonté. Ça nous révèle aussi le bénéfice potentiel du rapport direct de l’ombud au CGV: quand le CGV ordonne, l’Université obéit. Bien entendu, la manière d’obéir reste au moins en partie à sa discrétion - et c’est là que les suivis de l’ombud prendront, je le soupçonne, toute leur valeur.

Il faut dire que les premiers signes sont encourageants. C’est possible que la création du bureau de l’ombud soit le coup d’éperon dont l’Université de Moncton a besoin pour relancer son élan. Ça se peut aussi qu’elle décide qu’il n’y a pas de presse et qu’elle reste benaise, la face plongée dans son auge à mâcher son avoine. L’ombud ne serait alors guère plus qu’une mouche à la croupe. Un tit coup de queue de temps à autres, question d’éloigner la fatigante, sans plus. Om nom nom.

Laissons alors chance au coureur, sous réserve qu’il en soit au moins à lacer ses souliers.

Avant de faire un survol des recommandations, je vous invite à consulter le document, disponible sur la page web du service. (UMoncton) Il s’y trouve plus de détails que les quelques bribes que j’en tire ici. Mais dans l’intérêt de la brièveté, voici quelques constats d’ordre général:

  1. Le service est utilisé: 104 demandes, 135 démarches entreprises en 2018-19. Au niveau de la provenance, le partage est à peu près égal entre la communauté étudiante (51) et le corps professoral (48). 10 plaintes officielles ont été déposées.
  2. Le service est pertinent: sur 104 demandes reçues, deux ont été jugées non-recevables. Deux. Ne vous demandez plus pourquoi la FÉÉCUM a passé dix ans à piocher pour avoir un.e ombudsman; peu importe leur gravité et les moyens nécessaires pour les résoudre, les problèmes sont réels.
  3. Le service est polyvalent: les conflits, le harcèlement (incluant le harcèlement psychologique et/ou sexuel) et l’intimidation forment la majorité (61) des cas d’intervention, mais les cas académiques (12), la discrimination (5) et le climat de travail (3) et d’autres figurent aussi dans la liste.

En ce qui concerne les recommandations de l’ombud, je vous les résume:

  1. Nomenclature (nom du service): changer de commissariat à ombud.
  2. Processus d’embauche : uniformiser et encadrer le processus d’embauche dans les Facultés, où la liberté laissée aux « pratiques individualisées » pose problème.
  3. Diversité interculturelle: développer une politique et une stratégie qui « démontre l’acceptation et l’ouverture envers les étudiantes et étudiants internationaux », pour mieux encadrer la diversité interculturelle sur les campus de l’Université de Moncton.
  4. Droits et responsabilités des étudiant.e.s : définir les droits des étudiantes et étudiants dans un Code de conduite étudiante arrimé aux règlements et processus existants.
  5. Dossier commun pour les étudiantes et étudiants : centraliser la gestion des dossiers étudiants, en ajoutant une partie sur les incidents liés aux règlements universitaires.

Outre le changement de nom, chose faite on l’a vu, une autre recommandation a fait l’objet d’actions récentes. L’Université a mandaté un comité de révision du Code de conduite d’examiner la question des droits étudiants. Encore une fois, rapide - mais ce comité est requis sous l’article 18 du Code, qui établit sa procédure de révision. (UMoncton) Alors cette rapidité s’explique; mais quand on pense l’institution et ses règlements de manière efficace et fonctionnelle, elle devient plus efficace et fonctionnelle.

C’est drôle pareil.

Selon moi, la troisième recommandation est la plus porteuse. Ça fait des décennies que l’Université de Moncton déploie des moyens énormes pour attirer ici des étudiant.e.s de l’étranger, sans évoluer à un rythme conséquent pour accommoder, appuyer et soutenir cette diversité (rappelons qu’un.e étudiant.e sur cinq provient de l’international). Attirer les étudiant.e.s ici n’est qu’une partie du travail: encore faut-il leur donner le goût et les moyens de rester et de se sentir véritablement chez eux. Pas de passage, pas en visite: chez eux.

En 2013, quand le “plan stratégique” de l’Université fut adopté (qui questionne mon usage des guillemets se sentira libre de consulter le bilan présenté) plusieurs se sont réjouis de voir qu’un des axes y était consacré à l’internationnalisation.

Pourtant, cinq ans plus tard, on a signé bien des partenariats mais la discrimination et le racisme font toujours partie des discussions sur l’Université de Moncton. À ce sujet la FÉÉCUM attend avec impatience le rapport de l’ombud suite à son enquête sur les allégations de racisme systémique à l’École réseau de science infirmière (ERSI).

Que l’enquête blâme ou exonère l’ERSI, l’existence même de cette discussion dans l’espace public révèle des lacunes évidentes - et je ne pense pas au contrôle du message. L’Université doit agir, et rapidement: la question ne se pose même pas. (Acadie Nouvelle) Et comme la recommandation de l’ombud va exactement dans ce sens, la porte est on-ne-peut-plus ouverte au changement.

Alors, s’il nous faut laisser chance au coureur, rappelons-lui du même souffle que le signal du départ est donné.

Reste à voir si l’ombud sera mouche, ou éperon.

Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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