La Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton

santementale

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Nous avons eu le bonheur, cette semaine, d’apprendre que l’Université de Moncton est récipiendaire d’une subvention qui permettra d’établir une nouvelle chaire de recherche en santé mentale. Un total de 2,5 millions $ sera injecté dans ce projet, dont 500 000$ de source provinciale. Le reste des détails financiers demeure inconnu pour l’instant, mais on sait que le gouvernement fédéral est un partenaire.

L’annonce est présentée comme suit sur le site web de l’Université : « Un financement pour la santé mentale des jeunes à l’Université de Moncton », ce qui pourrait laisser croire que ce sont effectivement les jeunes qui fréquentent l’Université et qui ont besoin de soins ou de soutien qui en seront les bénéficiaires. Noooooooope. En fait, l’Université « procédera à la création d’une nouvelle chaire de recherche interdisciplinaire en santé mentale des enfants et des jeunes » (UMoncton).

Bon, il faudrait être un acariâtre de la pire espèce pour critiquer ce projet et je me plais à croire, à tout le moins, qu’il y en a de pires que moi. Félicitations aux professeurs Ann Beaton et Jimmy Bourque, et longue vie à la recherche dans ce domaine en espérant qu’elle sache inclure nos étudiant(e)s dans un rôle actif. Il s’agit évidemment d’une annonce importante, porteuse d’un impact significatif à long terme sur la santé mentale des jeunes de notre province, qui servira à guider les actions préventives et permettra d’améliorer globalement leur qualité de vie.

Oui, mais éventuellement. Dans l’immédiat, il y aurait aussi place à investir.

Cet investissement envers la recherche – si important et stratégique soit-il – place en exergue la difficile situation de l’Université de Moncton en ce qui a trait aux services aux étudiantes et aux étudiants (SAÉÉ). Je ne vous apprendrai probablement rien en disant que, tout comme la majorité des lignes budgétaires de notre université, celle des SAÉÉ diminue d’année en année. Or, la nature de notre institution fait que des choix déchirants s’imposent souvent entre sa mission d’enseignement et de transmission du savoir, de recherche et d’innovation, et de service à la collectivité.

Pour faire simple : on lui impose de faire les trois et on la finance comme si elle n’en faisait qu’une seule.

Chose surprenante, admettons-le, le budget du Service de santé et de psychologie (SSP) a augmenté lors du dépôt du budget 2016-2017, passant de 218 000$ à 231 000$ (UMoncton, page 11). En fait de sensibilisation et de prévention, toutefois, on ne remarque pas de changement. Avec une seule psychologue à temps plein, une seconde à temps partiel (8 mois + contrat de 10 semaines pendant l’été) et une secrétaire (8 mois) pour 4179 étudiant(e)s, dont 3636 à temps complet au campus de Moncton (UMoncton), on s’imagine mal comment il pourrait en être autrement.

Comment pourrait-on faire de la prévention quand le délai d’attente pour consultation se mesure déjà en semaines et que la demande continue d’augmenter?

Les statistiques démontrent que 20% des Canadien(ne)s vivront un problème de santé mentale au cours de leur vie, et que le groupe des 15-24 ans est le plus à risque de souffrir de troubles de l’humeur, d’abus de substance ou de suicide (ACAÉ). C’est dire que ces deux psychologues doivent potentiellement traiter de 727 à 835 personnes.

On ne compte plus les études et les recherches qui ont démontré à quel point le milieu postsecondaire présente un haut risque de développer ou d’aggraver des problèmes de santé mentale. Le changement de milieu, les nouvelles responsabilités, la pression financière et académique, la recherche de logement, d’emploi, de nourriture, de nouveau amis, et que sais-je encore, sont autant de facteurs qui font de la transition vers le postsecondaire un moment déterminant pour la santé mentale des étudiant(e)s.

Certains passeront au travers comme des champions, d’autres auront besoin de plus d’appui pour y arriver, et d’autres encore ne passeront pas au travers. Ne vous fiez pas au visage présenté en public pour juger de la capacité de résilience des étudiant(e)s face aux épreuves, non plus : la maladie mentale ne présente souvent aucun signe extérieur.

Les statistiques les plus récentes (2013 – ça date un peu quand même) de l’Association des services aux étudiants des universités et collèges du Canada, récoltées par le biais d’un sondage dans 32 institutions postsecondaires canadiennes (ASEUCC) nous indiquent qu’au cours des douze mois précédant le sondage:

•    53,8% se sont sentis désespérés
•    89,3% se sont sentis dépassés par les tâches à accomplir
•    86,9% se sont sentis épuisés (pas en raison d’activité physique)
•    63,9% se sont sentis très seuls
•    68,5% se sont sentis très tristes
•    37,5% se sont sentis si déprimés qu’il leur était impossible de fonctionner
•    56,5% ont ressenti une anxiété accablante
•    42,2% ont ressenti une rage accablante
•    9,5% ont sérieusement considéré le suicide
•    1,3% ont fait une tentative de suicide
•    6,6% ont commis au moins un geste d’automutilation

De plus, au cours de la même période, un nombre frappant d’étudiant(e)s a été diagnostiqué ou traité pour un nombre de conditions :

•    Anxiété : 12,3%
•    Dépression : 10%
•    Crises de panique (panic attacks) : 5,8%
•    Insomnie : 4,1% (autres troubles du sommeil : 2,5%)

Et évidemment, tout cela a un impact sur la vie de ces étudiant(e)s au quotidien. Certaines activités sont devenues traumatiques ou très difficiles à gérer, dont :

•    Académique : 56,5%
•    Carrière : 30,9%
•    Problèmes familiaux : 29,7%
•    Relations intimes : 31,9%
•    Finances : 36,8%
•    Sommeil : 31,9%

Notons que cette liste n’est pas exhaustive, et que 55,6% des répondants a rapporté trois activités (ou davantage) devenues difficiles ou traumatisantes parmi la liste présentée.

Frappant, non?

Si la recherche fait partie de notre mission à Moncton, et que son utilité se défend, nous demeurons aux prises avec des besoins urgents en termes de traitement et de prévention - que l’annonce du 4 mai n’adressent d’aucune façon (GNB).

L’Université pourrait-elle y consacrer plus de fonds? Difficilement.

Ne serait-il pas temps que l’Université – soutenue par la province - emboîte le pas à ses homologues d’ailleurs au pays? Les exemples ne manquent pas en Ontario (Campus Mental Health) et vous savez combien Fredericton aime à copier Ottawa quand il est question de financement. Mais on pourrait également zyeuter du côté du Manitoba (UManitoba), de l’Alberta (ACMHI), ou de la Nouvelle-Écosse (DAL) si on voulait faire différent.

Ce sont les moyens qui manquent; pas les exemples. Ni les raisons.

Et oui, agir en ce sens va nécessiter de la recherche. Cela dit, on ne peut nier l’évidence que place sous nos yeux la recherche – extensive – déjà réalisée sur la question. Or sans en avoir les moyens, que peut faire de plus l’Université de Moncton? Les initiatives des étudiant(e)s et de la FÉÉCUM aident dans une certaine mesure, mais est-ce que notre capacité et notre expertise (qu’on le veuille ou non limitée) pourra jamais suffire à la tâche? Il faut pourtant agir dès aujourd’hui envers la santé mentale de nos étudiant(e)s, avant que la tragédie nous enlève le choix de le faire. Et je n’ai pas à vanter à ces messieurs-dames de Fredericton les vertus de la prévention, ni à expliquer le concept du risque et de la responsabilité à qui que ce soit.

La recherche c’est bien; les étudiant(e)s c’est mieux.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.

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